La visite de l’Empereur

Napoléon III avait déjà effectué un déplacement en Algérie en 1860 mais le voyage avec dû être écourté en raison de la très grave maladie de la sœur de l’Impératrice, la duchesse d’Albe et qui ne dura que trois jours. Il avait donc promis de revenir et les évènements mentionnés précédemment lui donnèrent l’occasion d’effectuer ce deuxième et dernier voyage en 1865. Napoléon III, dans sa lettre (sur la politique de la France en Algérie) de 1865 (Louis Napoléon Bonaparte, 1865), précisa que l’Algérie devait être « un royaume arabe » et que « Les Indigènes ont comme les colons un droit égal à ma protection, et je suis aussi bien l’empereur des Arabes que l’empereur des Français ».

L’Aigle, Yacht impérial de Napoléon III. Construit de 1857 à 1859 à Cherbourg. Mis à la démolition en 1891 après avoir été transformé comme canonnière pendant la IIIe république.

Dans la nuit du 1er au 2 mai 1865 l’Empereur arriva à Alger à bord du yach impérial l’Aigle. Après avoir visité Alger et ses environs, il prononça le 5 mai à Alger un discours incitant les Musulmans à « ne pas suivre les conseils du fanatisme et de l’ignorance » … et que toute nouvelle insurrection serait vaine. « Vous connaissez mes intentions. J’ai irrévocablement assuré dans vos mains la propriété des terres que vous occupez… J’ai honoré vos chefs, respecté votre religion, je veux augmenter votre bien-être, vous faire participer de plus en plus à l’administration de votre pays… ». La sincérité de ce discours – qui est traduit en arabe – est évidente.

Après avoir visité Blida le 7 mai le matin et alors qu’il se rendait à Milianah, l’Empereur s’arrêta à Bourkika où les colons lui dressèrent un arc de triomphe. Avant d’atteindre le village, l’Empereur fit s’arrêter son cortège et alla s’assoir au milieu des champs où il prit un modeste et frugal déjeuner. A onze heures et demi, il arriva à Bourkika où il fut reçu par M. Le Génissel, maire et commissaire civil du district de Marengo, accompagné de M. Choulet, adjoint de Bourkika, du conseil municipal, et des divers fonctionnaires de la commune. Toute la commune de Marengo s’était jointe à la population de son annexe afin de rendre la fête plus brillante encore. L’affluence de la population était grande, les maisons du village étaient pavoisées et un élégant arc de triomphe s’élevait à l’entrée du village. Près de 200 enfants étaient rangés pour le saluer. TLes habitants de Bourkika avaient, pour ce jour de fête, envoyé toutes leurs voitures à Marengo, et les avaient mises à la disposition de ceux qui n’avaient pas de moyen de transport. L’Empereur, agréablement surpris de l’animation qui régnait sur ce point déjà éloigné du littoral, parut satisfait de l’accueil chaleureux qui lui était fait par ces anciens transportés, devenus aujourd’hui des colons laborieux, dévoués à l’œuvre de la colonisation. Sa Majesté s’informa de tout ce qui pouvait aider à la prospérité de ce village et après avoir adressé quelques paroles bienveillantes aux autorités locales, continua sa route, non sans avoir promis à M. le maire de Marengo et à divers colons qui le lui avaient demandé, de s’arrêter dans le village à son retour de Miliana.

Les habitants de Marengo furent plus chanceux que ceux de Cherchell car, malgré la même demande formulée par leur Conseil municipal et en raison de la grande distance à parcourir et du dérangement qui en serait résulté dans l’itinéraire projeté n’eurent pas la chance de voir en personne leur Empereur. Après avoir visité Miliana, chef-lieu d’arrondissement et chef-lieu militaire le 7 mai, l’Empereur comme promis, revint à Marengo. Cette promesse avait mis la population au comble de la joie et provoqué un enthousiasme général, et, dès l’information connue, des travailleurs de bonne volonté dressèrent un arc de triomphe sur la principale place de la petite ville. Cet arc de triomphe était composé uniquement de feuilles de palmiers-nains, et faisait le plus gracieux effet. Cet arbuste sauvage rappelait le travail pénible auquel s’étaient livrés les colons depuis leur installation ; car à Marengo, plus qu’ailleurs, les terres étaient couvertes de palmiers-nains, qui occupaient l’emplacement même du village et en si grande quantité, si serrés, qu’ils se touchaient sans aucune interruption.

extrait du livre d’Octave Teissier  » Le voyage de Napoléon III en Algérie, publié en 1865. Les membres du conseil municipal de Marengo sont cités et parmi eux, Michel-Eugène Beauvais.

L’Empereur arriva vers midi le 8 mai. Sa Majesté a été tellement enchantée de ce voyage qu’Elle n’a point voulu quitter la plaine de la Mitidja sans visiter Marengo, la cité modèle de la colonisation algérienne. Toute la population était réunie autour d’un l’arc de triomphe dressé pour l’occasion. Les enfants des écoles formaient la haie et le conseil municipal, la milice et tous les fonctionnaires s’étaient groupés autour du Maire et Commissaire Civil le Génissel. Plusieurs colons offrirent des échantillons de leurs produits à l’Empereur qui a bien voulu les accepter. M. Jourdan, notamment, offrira deux bouteilles de son vin de 1863 ; un jeune enfant, petit-fils de M. Curson, a présenté un paquet de fort belles asperges du pays, décorées de quelques fleurs, et Sa Majesté a accepté non sans sourire, ce bouquet d’un nouveau genre. Un autre enfant, le fils du commissaire civil Le Génissel, offrit également un bouquet, mais composé exclusivement de fleurs. La réception fut splendide et l’Empereur parut très satisfait des résultats obtenus par les colons européens, et remarqua, surtout à Marengo, que presque tous paraissaient être dans l’aisance. Il ne manqua pas cependant de s’inquiéter en apercevant quelques terres encore inexploitées, toutes les terres n’ayant pu encore être défrichées en raison du coût de la main d’œuvre dépassant le prix de ces terres mais la population insista pour montrer à l’Empereur l’ampleur du travail réalisé. Les cultures de Marengo se trouvaient au nord et au sud sur près de 100 hectares de vignes, des champs en parfait rapport et beaucoup de cultures industrielles qui promettaient certainement à la ville le plus bel avenir. A cette occasion, l’Empereur remis au maire la somme de 1000 francs destinée à la Société de Secours Mutuels . Sa Majesté a ensuite traversé la ville au pas, et avant de partir a prononcé ces mots :

« Oui, Marengo rappelle des souvenirs glorieux ! ».

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