Le télégraphe électrique

C’était la fête au village, ce 1er août 1857 car on y installait le télégraphe électrique ! Le nouveau bureau, logé dans la petite poste de Marengo venait d’être relié à celui de Cherchell, installé en même temps, et celui de Blidah déjà connecté à Alger et Médéah, par des fils métalliques supportés à deux ou trois mètres du sol par des poteaux hauts de trois à quatre mètres, armés de poulies en verre à leur somment et espacés à des distances égales de vingt mètres environ. La pose du câble sous-marin entre Bône et la Sardaigne avait permis cette accélération de l’installation du télégraphe électrique en Algérie qui allait être reliée à l’Europe entière, dont Paris, Madrid, Bruxelles, Londres et Vienne. Dès 1854, on avait déjà posé en France 9400 kilomètres de câble . L’information circula beaucoup plus rapidement et plus de 120 journaux s’étaient déjà abonnés aux services télégraphiques de presse.

L’ère du télégraphe optique (Chappe) (1838–1860) :

Au lendemain de 1830, l’Algérie est équipée d’un réseau Chappe à vocation d’abord militaire. À partir de 1838–1842, deux grands axes se structurent depuis Alger: vers l’ouest (Cherchell, Ténès, Mostaganem, Oran, avec des branches vers Mascara/Tlemcen) et vers l’est (Bougie, Sétif, Constantine, débouchant sur Philippeville). Les stations, souvent fortifiées, forment un maillage de visibilité sur les crêtes du Tell. Le réseau optique rend d’importants services jusqu’au basculement progressif vers l’électrique au cours des années 1850, et s’éteint en Algérie vers 1859/1860.

Le basculement vers l’électrique (1853–années 1860) :

Le télégraphe électrique arrive très tôt. Dès 1853, des liaisons électriques sont en service (notamment Oran–Mostaganem). En 1854, le service s’ouvre au public et des liaisons clés apparaissent (Constantine–Philippeville, Alger–Médéa). Un jalon attesté tombe le 1er août 1857: une vague coordonnée d’ouvertures inclut Marengo ainsi que Cherchell, Milianah, Bougie, Orléansville, Batna et Ténès. Dans la seconde moitié des années 1850 et au début des années 1860, le réseau progresse vers l’intérieur: Biskra (1858), Laghouat (1862), Tiaret (1864), puis Frenda–Géryville (1866), structurant la pénétration vers le sud.

Maillage, volumes et bureaux (années 1860–1870) :

Les indicateurs témoignent d’une montée en charge rapide: on compte environ 38 bureaux et plus de 3 000 km de lignes en 1861; autour de 1872, environ 75 bureaux télégraphiques. Le maillage se densifie d’abord dans le Tell (Mitidja, littoral, Kabylie), puis s’étire vers les confins (Sud-Oranais et Ziban). Les municipalités participent à l’ouverture de petits bureaux « à service limité », accélérant la couverture locale. En parallèle, les premières liaisons sous‑marines avec la France sont établies à partir de 1870–1871, raccordant l’Algérie aux réseaux métropolitains et internationaux.

Organisation administrative et technique (années 1880–1900) :

En 1881, les Postes et Télégraphes d’Algérie sont rattachés à l’administration métropolitaine, ce qui standardise fortement les pratiques. Dans les années 1880–1890, on assiste à la consolidation des grands axes, à la multiplication des bureaux publics, et à l’amélioration des performances (du Morse vers le Baudot), tandis que les câbles sous‑marins (Marseille–Alger, puis Marseille–Oran) assurent des liaisons transméditerranéennes robustes. À l’orée de 1900, l’Algérie totalise plus de 10 000 km de lignes.

Repères chronologiques essentiels:

1838–1842 — Lancement et structuration du réseau optique (Chappe) depuis Alger; deux grands axes: Alger–Oran (ouest) et Alger–Constantine (est), avec embranchements (Médéa, Mascara, Tlemcen).
1853 — Achèvement des grandes lignes optiques; premières liaisons électriques en service (dont Oran–Mostaganem).
1854 — Ouverture du service télégraphique au public en Algérie; liaisons électriques majeures: Constantine–Philippeville, Alger–Médéa.
1er août 1857 — Vague coordonnée d’ouvertures électriques incluant Marengo, Cherchell, Milianah, Bougie, Orléansville, Batna, Ténès.
1858 — Extension électrique vers Biskra.
1861 — Environ 38 bureaux télégraphiques; ~3 179 km de lignes en service.
1862 — Extension vers Laghouat (pénétrante sud au départ d’Alger–Médéa).
1864 — Raccordement de Tiaret (pénétrante sud oranaise).
1866 — Mise en service de la ligne Frenda–Géryville, tête de pont du Sud‑Oranais.
1870–1871 — Mise en service des premières liaisons sous‑marines opérationnelles avec la France (puis renforcement dans les années 1879–1880 et 1892).
1872 — Environ 75 bureaux télégraphiques en Algérie.
1897–1898 — Avancées vers les confins (Aïn‑Sefra fin des années 1890) et consolidation d’axes régionaux (par exemple Marengo–Cherchell–Gouraya signalé en 1898).
1900 — Plus de 10 000 km de lignes télégraphiques en Algérie; généralisation d’équipements à plus haut débit (Baudot) et articulation croissante avec la téléphonie.

Une station de télégraphe électrique en Algérie, vers 1880.

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