L’armurerie de Marengo

A Marengo, dans les années 1870 – 1880 il y avait une armurerie tenue par la famille Greck. Des recherches m’ont permis d’identifier Jacques Greck qui était né à La Valette, Malte le 25 novembre 1835. Son épouse s’appelait Philomène (née le 27 mars 1852 à Bouzareah) et ils eurent trois enfants nés à Marengo, Angèle née le 1er novembre 1882, Amédée né le 15 septembre 1884 et François né le 28 octobre 1886. Concernant Philomène on constate comme souvent des différences dans les âges mentionnés sur les différents actes. De plus quand on regarde l’acte de naissance on constate un prénom orthographié différemment, « Philoméla Joséphine » et le nom de famille est Greck, originaire de Malte… Jacques et Philomène étaient donc probablement cousins.

On peut trouver une anecdote amusante publiée dans le journal  » Le Réveil de Cherchell » le 13 décembre 1885. Le journal relate une altercation à Marengo entre les demoiselles F…, maltaises, « plus papistes que le pape et plus dévotes que le bon dieu » et Madame Greck, épouse de l’armurier de Marengo et par ailleurs chef interprète prés le tribunal de paix. Madame Greck sera frappée par l’ainée des jeunes filles alors qu’elle allaitait son plus jeune enfant. Après dépôt de plaine, les coupables seront condamnées par le Juge de Paix de Marengo à verser 5 francs chacune et 250 francs de dommages-intérêts. Le journal précise que les opinions politiques de la famille Greck étaient radicalement opposées à celles des assaillantes…

Entre 1850 et 1890, la France et son territoire algérien appliquaient des règles distinctes en matière de détention et de commerce des armes à feu, reflétant des réalités politiques et sociales différentes. Pendant la première moitié du XIXe siècle, la possession et la vente d’armes à feu étaient libres pour les citoyens, sans obligation de déclaration ou d’autorisation, hormis pour les armes militaires. Cette liberté s’inscrivait dans une tradition remontant à l’Ancien Régime, où la détention d’armes était considérée comme un droit civique. Cependant, à partir des années 1850, des préoccupations croissantes en matière d’ordre public ont conduit à des tentatives de régulation.

En 1851, un décret renforce les restrictions sur la fabrication et le commerce des armes, mais sans remettre en cause leur libre possession par les particuliers. Après la défaite de 1870, la question de l’armement des citoyens est brièvement réexaminée, mais aucune restriction majeure n’est introduite. Il faut attendre 1885 et la loi Farcy pour voir une première tentative d’encadrement plus strict. Cette loi distingue clairement les armes militaires, soumises à un contrôle renforcé, des armes civiles, tout en maintenant une relative liberté pour les particuliers. Elle impose aux fabricants et commerçants des obligations de déclaration et de tenue de registres, marquant le début d’une réglementation plus structurée.

En Algérie, la situation était radicalement différente. Dès 1851, le décret du 12 décembre interdit formellement aux Algériens musulmans (désignés alors sous le terme « indigènes ») la vente, l’achat et la détention d’armes à feu, de poudre ou de munitions, sauf autorisation spéciale. Cette mesure visait explicitement à prévenir toute rébellion et à maintenir l’ordre colonial. À l’inverse, les colons européens, en tant que citoyens français, conservaient le droit de détenir et de porter des armes dans les mêmes conditions qu’en métropole. Contrairement à la métropole, où les règles évoluaient vers un encadrement progressif, l’interdiction de 1851 pour les Algériens musulmans est restée en vigueur sans assouplissement pendant toute la période 1850-1890. Les colons, eux, continuaient de bénéficier d’une liberté de détention et de port d’armes, sans restriction majeure.

Cette période illustre donc l’existence de deux systèmes juridiques parallèles : en métropole, une liberté de détention progressivement encadrée ; en Algérie, une interdiction stricte pour la majorité de la population, combinée à une liberté totale pour les colons. Ces différences reflétaient les priorités de l’époque, entre maintien de l’ordre public en France et contrôle colonial en Algérie.

Évolution ultérieure des lois sur les armes en France et en Algérie : Au début XXe siècle les lois se durcissent, notamment avec le décret de 1939, qui instaure des autorisations préfectorales et des contrôles plus stricts sur la fabrication, la vente et la détention d’armes. A partir des années 1990-2000, la réglementation devient encore plus rigoureuse, avec la création de catégories d’armes (A à D), des déclarations obligatoires, et des interdictions pour certaines armes ou personnes. Aujourd’hui, le système repose sur une classification précise, des vérifications de casier judiciaire, et des restrictions pour les armes les plus dangereuses.

Philoména Joséphine Greck, née le 27 mars 1852 à Bouzareah et décédée vers 1921.

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