L’agenda du maire

En décembre 1870, Michel Eugène Beauvais est nommé maire de Marengo. Il le restera jusqu’en juin 1886. La loi du 22 juillet 1870 venait d’établir que les maires que les maires et leurs adjoints devaient être choisis au sein des conseils municipaux (1).

La fonction de maire s’inscrivait dans un flux ininterrompu d’obligations civiles, financières et de police, où s’entremêlaient contrôles, rapports et décisions locales à prendre. Le suivi administratif et comptable rythmait l’année : vérification régulière des écritures du percepteur, ordonnancement des traitements, préparation et clôture des comptes, sans oublier la collaboration avec le contrôleur des contributions et la mise à disposition publique des états financiers. À cela s’ajoutait la vie démocratique et civile, avec la tenue des conseils municipaux, la tenue à jour des listes électorales et la consolidation annuelle des mouvements de population. Le maire était bien sûr également le pivot de l’action éducative et cultuelle : il réunissait le Conseil de Fabrique (2), assurait le bon suivi des écoles (certificats d’études, rémunérations des instituteurs) et veillait aux besoins de financement.

Le travail de police administrative s’exerçait en toutes saisons : rapports réguliers sur la maison d’arrêt, encadrement des rassemblements festifs (par exemple lors du carnaval), inspections périodiques des fours et cheminées, réglementation des baignades, du glanage ou de la chasse selon les périodes de l’année. Parallèlement, le respect de l’hygiène publique demandait une vigilance constante : propreté de la voirie, enlèvement des ordures, curage et protection des points d’eau, prévention des épidémies et gestion des animaux errants ou malades. Le calendrier rural imposait son propre rythme d’entretien : échenillage, élagage, entretien des chemins vicinaux, assortis de contrôles et de contraventions si nécessaire.

Les besoins sociaux et sanitaires exigeaient une attention soutenue : établissement des listes d’indigents et d’enfants assistés, délivrance de certificats de vie, organisation des campagnes de vaccination, rédaction des rapports sanitaires. Le développement de l’économie locale requérait des prises de décisions et une grande attention : établissement de la mercuriale (3) après les marchés aux grains, rapport sur l’approvisionnement des boulangers, fixation des périodes de chasse, encadrement des vendanges et, en fin d’année, détermination des prix et poids de référence. La gestion des ressources communales s’ajoutait à cet ensemble : coupes de bois raisonnées pour préserver la forêt, répartition des droits d’affouage (4) et édiction de règles pour la protection des oiseaux.

Au fil des mois, toutes ces responsabilités s’ajoutaient : réunions, inspections, établissement de listes, rédaction d’arrêtés et transmission d’informations au sous-préfet ou au préfet constituent un continuum. Dans un chef-lieu de canton, où les communications était encore difficiles, ce cumul de charges transformait ces obligations en un véritable engagement à plein temps, où chaque échéance préparait la suivante.

Agenda d’un maire en Algérie vers 1870, tableau établi d’après « l’Agenda municipal ou memento administratif à l’usage des préfets, sous-préfets, maires et adjoints » édition 1872, Librairie Administrative de Paul Dupont, Paris.

(1) Loi du 5 mai 1855 : Les maires et adjoints sont nommés par l’Empereur dans les chefs-lieux de département, d’arrondissement, de canton et dans les communes de plus de 3 000 habitants
Dans les autres communes, ils sont nommés par le préfet au nom de l’Empereur et pour un mandat de 5 ans. Ils pouvaient être suspendus par arrêté du préfet, mais révocables seulement par décret impérial.

(2) Le Conseil de Fabrique, dans une paroisse catholique, était l’organe composé des personnes responsables de la collecte et de l’administration des fonds et revenus nécessaires à la construction et à l’entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse. Ses revenus provenaient des quêtes, offrandes, dons en nature, loyers et fermages, legs, ainsi que de la location des places de bancs dans l’église.

(3) La mercuriale est le recensement des cours (prix) des produits constatés immédiatement après chaque marché aux grains, établi par le maire et transmis au sous-préfet. Autrement dit, c’est la liste officielle des prix relevés sur le marché à une date donnée.

(4) Les coupes affouagères désignent la part de la forêt communale que le conseil municipal peut réserver à l’usage domestique des habitants (chauffage, cuisine). Le maire « présidait à la répartition des coupes affouagères », c’est-à-dire à la distribution de ce bois d’usage parmi les ayants droit.

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