Mathilde

Pour Victoire

Née en 1841 à Sainte-Marie-aux-Mines, Mathilde Ida Zaepffel fuit l’Alsace après 1871, se marie avec Michel Eugène Beauvais en 1874 à Paris. Auparavant elle avait opté pour la nationalité française à La Haye (Pays-Bas) en septembre 1872. Mathilde est donc la 3e épouse de Michel Eugène et la mère de Ida et Hélène Beauvais.

Mathilde Ida Zaepffel (1841-1887). Collection personnelle de l’auteur.

Mathilde Ida Zaepffel (1841‑1887), née à Sainte‑Marie‑aux‑Mines, s’inscrit dans la longue histoire d’une famille que la tradition dit d’origine hongroise, implantée en Alsace depuis la fin du XVe siècle. À partir de Diebold (Thibault) Zaepffel, bourgeois de Blienschwiller, les descendants s’établissent à Dambach‑la‑Ville, où ils deviennent vignerons, magistrats, maires, notables, donnant au fil des siècles plusieurs branches (Dambach, Strasbourg, Sainte‑Marie‑aux‑Mines, Barr, puis Paris) et des figures marquantes comme Jean Évangéliste Zaepffel, évêque de Liège, ou François Louis Zaepffel, général de Napoléon et baron de l’Empire. Jean Evangéliste Zaepffel avait contume de dire qu’il pouvait « faire à petites journées la route de Landau (en Allemagne) jusqu’à Belfort et trouver chaque jour diner et souper chez des parents ».

François Joseph, grand‑père de Mathilde, quitte le monde viticole de Dambach-la-Ville pour rejoindre Sainte‑Marie‑aux‑Mines, attiré par l’essor du textile au XVIIIe siècle. Ancien fabricant, il y meurt au domicile de son fils Adolphe Édouard, père de Mathilde. Les actes d’état civil, où apparaît aussi le cousin Charles Zaepffel, chevalier de la Légion d’honneur, resserrent les liens entre les différentes branches familiales et confirment l’enracinement de cette lignée à Sainte‑Marie‑aux‑Mines. C’est là que la famille de Mathilde habite, au 6, Grand‑Rue. Après le déclin des mines, des industriels mulhousiens y créent, dès 1755, des filatures et tissages de coton, lin et chanvre. On y produit d’abord les « siamoises », puis, avec la mécanisation, des tissus plus fins comme les guingans, jaconas ou cravates. À la fin du XVIIIe siècle, 21 usines emploient 4 000 ouvriers. Malgré les crises ultérieures, le bassin textile se relève et Sainte‑Marie‑aux‑Mines devient au XXe siècle un grand centre lainier, dont les étoffes alimentent encore la haute couture. Du vignoble de Dambach à la vallée industrielle du Val de Lièpvre, le destin des Zaepffel suit ainsi les grandes mutations économiques de l’Alsace, et c’est dans ce contexte de métiers à tisser que grandit Mathilde.

L’irruption de la politique bouleverse cependant cet ancrage. En 1871, l’annexion de l’Alsace‑Lorraine par la Prusse fait de tous les natifs de ces territoires des Allemands, sauf s’ils usent de la faculté d’« option » prévue par le traité de Francfort et ses textes additionnels. Pour rester français, il ne suffit pas de le vouloir : il faut déclarer son choix avant le 1er octobre 1872 (en Europe) ou le 1er octobre 1873 (hors d’Europe), et surtout transporter réellement son domicile en territoire français non annexé. Entre 1872 et 1873, près de 540 000 Alsaciens‑Lorrains déposent une déclaration d’option, dont plus de 160 000 vivent encore dans la zone annexée ; mais plus de 110 000 voient leur option annulée, faute d’avoir quitté la terre natale. Les formalités s’accomplissent devant les autorités allemandes locales, les mairies françaises ou les ambassades et consulats de France à l’étranger. C’est dans ce cadre strict que se situe le choix de Mathilde Ida. Refusant de devenir allemande, elle opte pour la nationalité française, mais le fait depuis l’étranger : sa déclaration est enregistrée à La Haye, aux Pays‑Bas, le 6 septembre 1872, auprès des autorités françaises, comme l’atteste sa mention au Bulletin des Lois. Ce détour par La Haye a de quoi surprendre et les usages du temps rendent improbable l’hypothèse d’un départ solitaire d’une jeune femme vers un pays étranger. Tout conduit au contraire à supposer que Mathilde a rejoint une parentèle déjà présente à La Haye et s’est appuyée sur elle pour franchir ce cap décisif. Les archives néerlandaises donnent corps à cette idée : des Zaepffel originaires de Dambach, tels Jean Zaepffel et Anne Barbe Zaepffel, mariés d’abord à Dambach en 1808, ont fait enregistrer leur union à la commune de La Haye. Ils appartiennent au même vaste réseau familial que les Zaepffel de Dambach devenus évêque, baron d’Empire ou hauts fonctionnaires. Ainsi, La Haye apparaît moins comme un hasard que comme une étape logique dans l’essaimage de la famille : un lieu où Mathilde trouve à la fois un toit, des proches et un relais pour affirmer, par acte d’option, son choix de rester française.

Mais par quel hasard a-t-elle pu croiser Michel Eugène Beauvais vers 1873 ? Est-ce par l’intermédiaire d’Alphonse Zaepffel qui fut tour à tour Sous-Préfet de Mostaganem, Conseiller rapporteur au gouvernement de l’Algérie (n’oublions pas qu’il fut le rapporteur du projet de la route Marengo-Bourkika entre autre), puis Préfet de Constantine avant de rejoindre le Ministère des Colonies et de l’Algérie en 1858 en tant que directeur des affaires civiles sous la direction du neveu de l’Empereur, le célèbre Napoléon-Jérôme dit « Plon-Plon » ?

Voilà encore une énigme à résoudre… Mathilde Ida était mon arrière-arrière Grand-mère.

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