Le 16 février 1871, Marengo perdait son garde colonial. Raymond Jules Marie Boudouresque mourait à l’êge de 56 ans (1). Il avait été nommé en décembre 1856 et affecté au commissariat civil pour le canton de Marengo.

Acte de décès de Jules Boudouresque le 16 février 1871. A noter la signature du maire, Michel Eugène Beauvais mais aussi en tant que témoin de Edouard Grosset-Grange (2).
En Algérie, à cette époque, le garde champêtre et le garde colonial incarnaient deux visages complémentaires de l’autorité, mais n’appartiennent pas au même monde administratif. Le garde champêtre, héritier direct de l’institution rurale française transposée dans les villages de colonisation était un agent communal : il dépendait du maire ou du commissaire civil et exerçait ses fonctions sur le territoire précis d’une commune ou d’un centre de colonisation. Son univers était celui des champs, des vignes, des chemins et des marchés. Il veillait aux cultures, surveillait les troupeaux, constatait les dégâts causés aux récoltes, contrôle l’application des arrêtés municipaux et rédigeait des procès-verbaux pour les infractions rurales. On le rencontrait au détour des propriétés, il connaîssait les limites des terrains, les propriétaires et les habitudes locales. Son rôle était d’assurer l’ordre quotidien de la campagne, au plus près de la vie des habitants.
Le garde colonial, lui, avait un rôle plus étendu. Il ne relèvait pas d’abord directement d’une commune, mais de l’appareil colonial dans son ensemble : commissaires civils, administrateurs de subdivisions, parfois en lien direct avec l’autorité militaire. Son périmètre d’action dépassait largement celui d’un simple village. Il circulait d’un douar à l’autre, d’un centre de colonisation à une route stratégique, là où l’administration estimait nécessaire d’affirmer sa présence. Ses missions touchaient à la sécurité générale : recherche de bandes armées, surveillance des axes de communication, protection des fonctionnaires, participation aux opérations de police. Son armement et sa tenue le rapprochaient davantage de ceux d’un auxiliaire de police que d’un simple agent communal. Dans la pratique, les deux fonctions se superposaient. Les archives montrent des hommes administrativement classés comme gardes coloniaux, mais employés « faisant fonctions de garde champêtre » dans telle ou telle commune. Cela signifie que, tout en restant rattachés à l’administration coloniale, ils assuraient au quotidien le travail de surveillance rurale habituellement confié à un garde champêtre, notamment lorsque la commune n’a pas encore les moyens de créer son propre poste. Malgré ces chevauchements, la différence de nature demeure nette : le garde champêtre incarne d’abord la police rurale d’une commune, centrée sur la protection des cultures et l’application des règlements locaux, tandis que le garde colonial représente un échelon supérieur de l’appareil d’ordre, chargé de la sécurité et du contrôle du territoire à l’échelle de plusieurs villages ou cantons.

Lettre autographe du Garde Colonial Boudouresque datée du 31 décembre 1859. Envoyé à un huissier de justice à Alger. Un exemple des multiples tâches remplies par ces gardes coloniaux à cette époque. Collection personnelle de l’auteur.

Enveloppe de la lettre. Il est assez rare de retrouver le courrier intact dans ces enveloppes. Cachet type R2 (perlé) des bureaux de distribution daté du 31 décembre 1859. Collection personnelle de l’auteur.
On retrouve des traces de Boudouresque dans les journaux de l’époque et on le voit surveiller la forêt de Sidi Slimane, enquêter lors de plusieurs meurtres et pourchasser des bandits jusqu’à La Chiffa et Médéah ou encore recouvrer des créances comme dans l’exemple ci-dessus.
Lors des évènements troubles relatifs à la chute de l’Empire (voir la brève sur la Commune d’Alger), le maire d’Alger Vuillermoz envoie un ordre au nouveau maire (éphémère) Des Cours, lui demandant explicitement de remplacer le brave garde colonial du Canton de Marengo…. Nul ne sait si cela a été fait mais si tel a été le cas on peut imaginer sans risque de se tromper que Michel Eugène, nommé début décembre aura certainement rétablit dans ses fonctions le brave Boudouresque.
(1) Raymond Jules Marie Boudouresque, né le 14 novembre 1814 à Cepié dans l’Aude marié le 15 mars 1860 à Marengo avec Marie Estère Mouraux, née le 28 mars 1840 à Rupt dans le Jura. Marie Mouraux décèdera le 12 novembre de la même année. Michel Eugène Beauvais et François Lespérance furent témoins lors de leur mariage. Remarié le 24 décembre 1862 à Marengo avec Madelaine Anne Julie Massip, née à Puylaurens dans le Tarn le 24 juillet 1844. Raymond Boudouresque décèdera le 16 février 1871 à Marengo.
(2) il s’agit fort probablement de Joseph Edouard Grosset-Grange, né le 27 février 1849 à Cherchell. Ses parents étaient Joseph Edouard né en 1816 et à l’époque de sa naissance cultivateur à Cherchell et de Marie Marceline Orven, née en 1831. Joseph Edouard était le frère de Marie Grosset-Grange, née en 1859 et qui épousera Louis Emile Desjardins, fils de Ernestine Chapotin et Ignace Léon Desjardins.
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