Le Capitaine de MALGLAIVE

Si j’ai fait de Michel Eugène Beauvais le personnage principal et le fil conducteur de « Marengo d’Afrique », rien ne serait arrivé dans la petite ville de l’ouest de la Mitidja sans le dynamisme et l’abnégation d’un capitaine du génie nommé directeur de la colonie en septembre 1848. Marengo n’aurait pas été Marengo sans Victor Esprit de Malglaive.

Victor Esprit de Malglaive était né le 8 juillet 1809. En 1836, il est lieutenant au 1er régiment de génie à Metz puis se marie en 1841 avec Victorine Moreau. Ils eurent un garçon, Maurice, né en 1841 (voir la biographie correspondante) qui a retranscrit plus tard un certain nombre de souvenirs dans un court ouvrage de 19 pages intitulé Marengo (Alger) en 1848. Un directeur de colonie agricole : le capitaine de Malglaive.

« Au début de l’année 1848, Victor-Esprit de Malglaive était chargé d’organiser et de construire les ouvrages de défense de la rade et des îles d’Hyères, près de Toulon. Après la révolution de février, le ministre de la Guerre prescrivit de faire passer dans tous les corps de troupe une feuille d’adhésion au gouvernement provisoire, avec invitation pressante à chaque officier de la signer. Le capitaine de Malglaive, jugeant que le gouvernement provisoire, issu d’un coup de force, n’avait aucun droit à exiger une semblable promesse de fidélité, et que son devoir était, uniquement, de faire appel au peuple le plus promptement possible, afin que celui-ci décidât la forme de gouvernement qu’il entendait avoir, refusa de signer la circulaire sans y consigner, en même temps, ses réserves par écrit. Quelques semaines après, il était envoyé en disgrâce à Sarreguemines. Il se rendait à son nouveau poste, lorsqu’en route il apprit qu’il était mis à la disposition du Gouverneur général de l’Algérie, pour être employé à la création de colonies agricoles destinées à recevoir les ouvriers parisiens que le manque de travail, la misère qui en résultait, et un peu les belles promesses du gouvernement, avaient décidé à émigrer en Algérie, où on leur assurait des maisons, un petit cheptel et des concessions de terres données gratuitement (…) ».

Arrivé fin octobre 1848 sur l’emplacement désigné par une Commission centrale pour l’installation des émigrants et la création du village, le capitaine de Malglaive trouva, bivouaquant et l’attendant, un détachement du génie et quelques compagnies d’infanterie du 5ème bataillon de chasseurs à pied destinés à établir le camp des émigrants et à exécuter les premiers travaux. Tout était à faire et les colons seraient bientôt en route. Dans un lieu hostile, situé à huit km de la mer et à 1500 mètres d’un marais, où les communications étaient lentes et difficiles, où les transports se faisaient par bêtes de somme, il fallait asseoir le village, établir le fossé et les défenses, défricher le périmètre, tracer les rues et les empierrer, délimiter 348 lots ruraux et plus de 1500 lots de culture au milieu des broussailles, procéder aux travaux d’assainissement les plus urgents. De Malglaive s’aperçut immédiatement que le point choisi, trop proche de l’Oued Meurad, à côté d’une petite source dans le lit de l’oued, sur la pente à l’ouest vers la rivière, était peu favorable, trop près du cours d’eau et des marais qui couvraient alors toute la plaine de Slimane, vers Cherchell ; l’endroit devait être des plus malsains. Pressé par le temps, car l’arrivée des colons était annoncée, craignant les lenteurs d’une discussion par correspondance, car il n’y avait pas de routes et les courriers étaient portés par des cavaliers, le Capitaine de Malglaive déplaça le quadrilatère qui devait enfermer le village de quelques centaines de mètres au sud-est. Faisant fi des objections, sans en demander l’autorisation, il commença les travaux de sa propre initiative, sur un point qu’il jugea le meilleur, et posa le tracé du futur centre à cheval sur une large croupe, à cinq-cents mètres à l’est du point choisi par la Commission, à une altitude supérieure de plusieurs mètres, avec des pentes permettant l’écoulement des eaux dans trois directions et léchées par le vent, de quelque côté qu’il soufflât. Cela lui valut des arrêts de rigueur (symboliques) et des félicitations (officieuses). Dans une lettre du 28 janvier 1849, le Commandant de la Subdivision de Miliana se plaindra au Général commandant la Division de Blida que le plan du village ait été commencé sans que le Directeur ait reçu les instructions du Commandant supérieur de Cherchell, le colonel Vergé. Finalement, le Gouverneur Général avalisera le tracé proposé le 4 février et pensant que le territoire de la commune pourra être agrandi ultérieurement, prévit 348 lots dont 338 réservés aux nouveaux colons subventionnés par l’Etat.

Plan de Marengo datée du 25 janvier 1849 sur lequel on peut voir en pointillé, le tracé initial du village avant sa modification par le Capitaine de Malglaive. Source : ANOM

Victor de Malglaive fit une œuvre remarquable et sut prendre des initiatives. Il n’hésita pas à engager la dot de son épouse décédée en 1850 pour suppléer au manque de crédits. Le programme qui prévoyait l’installation de 150 feux fut ramené à 100 feux alors que l’enceinte fortifiée  du village était en pleine édification. Victor-Esprit décida de ne rien changer à l’enceinte et de supprimer simplement l’aménagement des lots du centre, ce qui créa une très grande place centrale que certains critiquèrent la considérant comme une zone désertique. Ce fut par la suite une aubaine pour le village car elle permit de créer une zone urbaine centrale (mairie, école, jardin public, place des fêtes avec kiosque) qui fit de Marengo la petite ville la plus attrayante de la région. 


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