Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la famille de Maglaive et faire des recherches sur les fils du capitaine Victor Esprit de Malglaive (1809-1890), fondateur et directeur de Marengo, j’avais identifié Maurice (1841-1921 ) et Joseph (1862-1914 ). A ce titre et vu le manque de documentation accessible sur internet, on peut constater qu’un certain nombre de sites amateurs confondent les deux fils et attribuent à Maurice les rares photographies que l’on trouve Joseph et vice-versa.
Dans les documents de candidature de Michel Eugène Beauvais aux poste de suppléant du Juge de Paix de Marengo un détail à attiré mon attention. Sa prestation de serment le 27 juin 1871 à Blidah se fait en présence du Président de 1ere instance de Blidah, M. Doudart de Lagrée. Ce nom, évocateur de l’Indochine pour tout passionné de l’histoire de Angkor, m’interpella. De quel Doudart de Lagrée s’agissait-il ?
Il s’agissait Pierre-Jules Marie Doudart de Lagrée, frère de l’explorateur bien connu (1). Pierre Doudart de Lagrée est né 15 octobre 1812 à Saint-Vincent-de-Mercuze en Isère et et décédé le 18 juillet 1890 à Grenoble. En Algérie, il sera successivement Juge au tribunal de Constantine, conseiller à la Cour d’Alger puis Président du Tribunal de Première Instance à Blidah et adjoint au Maire.

Prestation de serment de Michel Eugène Beauvais comme deuxième suppléant du juge de paix de Marengo le 27 juin 1871 à Blidah en présence du Président de 1ere instance de Blidah, M. Doudart de la Grée. Source archives des magistats au Ministère de la Justice.
Mais revenons aux de Malglaive. Si on connait le parcours de Maurice, né le 28 décembre 1841, Nancy, fils ainé du Capitaine de Malglaive qui après être sorti major de Saint-Cyr en 1860, deviendra officier d’état major « attaché à la personne du Président de la république en 1870 ». Démissionnaire de l’armée en 1873, Maurice s’installera définitivement en Algérie et deviendra Conseiller Général et brièvement maire de Marengo en 1901-1903. Son demi-frère, Joseph (1862 – 1914) entra également à Saint-Cyr en 1883. À sa sortie il est nommé sous-lieutenant au 69 ème régiment d’infanterie à Nancy. Il part pour l’Indochine en 1884 et rejoint la mission Pavie (2). Affecté à Hué auprès du général de Courcy, il se distingue par sa bravoure lors d’une attaque annamite. Il effectue ensuite de nombreux relevés topographiques qui lui valent des lettres de félicitations et le mettent en relation avec le capitaine Cupet. En avril 1889, il est affecté au poste de Lao-Kay comme officier de renseignements et parcourt toute la rive gauche du Fleuve Rouge jusqu’à Phé-Long. Pavie fait sa connaissance grâce à Cupet et l’affecte au groupe devant explorer les territoires du Kammon et du Tran Ninh à partir de février 1890. Il lui confie par la suite l’exploration du Mékong et la recherche de passages accessibles dans la chaîne annamite.
Certes, le départ pour l’Indochine de Joseph de Malglaive viendra 20 ans après celui d’Ernest Doudart de Lagrée mais j’ai trouvé l’anecdote interpelant. S’agissait-il d’une coïncidence et du hasard ou les voyages de l’un auraient-ils inspiré l’autre ? Ou tout simplement est-ce du au fait qu’à l’époque tout ce que la France pouvait compter d’aventuriers en puissance ne pouvaient être attirés soit par Algérie, soit par l’Indochine.
(1) Ernest DOUDART de LAGREE, né le 31 mars 1823 – Saint-Vincent-de-Mercuze (Isère) et décédé le 12 mars 1868 – Tong-Tchouen, dans le Yunnan. Élève de l’École polytechnique en 1842, aspirant de 1re classe en 1845, lieutenant de vaisseau en 1854, il fait la guerre de Crimée et est décoré de la Légion d’honneur à cette occasion. En 1862, il part pour la Cochinchine, et conclut le traité qui attribue à la France un protectorat sur le Cambodge le 5 juillet 1863 à Saïgon. Il révèle au monde l’existence des temples d’ANGKOR; rassemblant documents et levant de nombreux plans. Le 5 Juin 1866 à midi cinq militaires et un civil français s’embarquent à Saigon en direction du Nord. Leur mission : remonter le Mekong vers la Chine du Sud, en faire la description, effectuer la cartographie des régions traversées, et prendre contact avec les habitants et les autorités locales tout au long de leur parcours. Sous sa direction, puis après sa mort du lieutenant Francis Garnier son second, avec Louis Delaporte(spécialisé en botanique), le lieutenant Clovis Thorel, Louis de Carné, le docteur Lucien Joubert et le photographe Emile Gsell, le voyage durera 2 ans.
(2) la mission Pavie : Auguste Jean Marie Pavie, né à Dinan le 31 mai 1847[2] et mort le 7 juin 1925 à Thourie en Ille-et-Vilaine, est un explorateur, diplomate et haut fonctionnaire français. À l’origine agent des télégraphes en Cochinchine, il devint explorateur, ethnologue, photographe des rives du fleuve Mékong (« mission Pavie » 1889-1890), fut le premier vice-consul de France au Laos (1887), consul-général de France à Bangkok en 1892, puis commissaire général au Laos en 1893.
Passionnant ! Merci Etienne pour tous ces renseignements !