En décembre 1848, à peine arrivés sur l’emplacement qui allait devenir le village de Marengo, les colons tombèrent de haut. Pas de trace de maisons. En tout et pour tout, deux baraques où s’empilèrent pêle-mêle femmes et enfants, les hommes sous la tente, tous sur des paillasses ou des jonchées de diss ou de palmier nain. Toute la population, sous la direction du capitaine de Malglaive, se mit à construire des maisons et commencer à défricher les alentours afin de pouvoir développer des cultures essentielles. En février, ce sont 15 hectares qui, après avoir été défrichés des palmiers nains qui poussaient ici comme du chiendent, furent labourés et sur lesquels seront plantés des pommes de terre. Le territoire de la commune, sans présenter autant de difficultés de défrichement que celui d’El-Affroun, nécessita cependant le concours des soldats. La broussaille y était plus abondante que le palmier nain et elle offrait un peu moins de résistance aux outils.

Les défrichements se poursuivirent, en partie assurés par la main-d’œuvre militaire renforcée par celle de détenus. L’arrachage des palmiers nains présentait la difficulté majeure. Il fallait 500 journées de huit heures, soit 4000 heures de travail pour un seul hectare. Les semailles eurent lieu et deux-mille oliviers furent greffés.
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En 1842, un artisan tapissier originaire de Caraman en Haute-Garonne, Pierre Averseng (1810–1879), débarque en Algérie pour un voyage qui s’avérera décisif pour lui. Alors qu’il se promenait à Chéragas, un village situé à une douzaine de kilomètres à l’ouest d’Alger, son regard fut attiré par une plante tenace : le palmier nain (Chamaerops humilis), surnommé « doum » par les locaux. En effilochant une de ses feuilles, il découvrit des fibres résistantes et élastiques, étrangement similaires au crin animal – une matière première alors rare et onéreuse et utilisée pour le rembourrage des sièges et des matelas. De retour en France, Pierre Averseng ne perd pas de temps. En 1847, il brevète une machine révolutionnaire capable de peigner ces fibres végétales et fonde, à Toulouse, la première usine de crin végétal au monde. La production démarre modestement, avec 1 950 kg la première année, mais explose rapidement : six ans plus tard, l’usine en produit 320 000 kg, grâce à un approvisionnement constant en feuilles algériennes. Le crin végétal, moins cher et tout aussi résistant que son homologue animal, conquiert le marché européen.

Carte postale de El Affroun, fin XIXe. Au premier on distingue les feuilles de palmiers nains prètes à être acheminées à l’usine Averseng.
Suite à l’incendie qui ravagea son usine toulousaine, Pierre Averseng décida de retourner en Algérie et monter une première usine à Cheragas puis une autre à El Affroun, de l’autre côté du lac Halloula. C’est en 1867 qu’il s’installe définitivement à El Affroun, qui venait d’être complètement détruite par un tremblement de terre, car comme on l’a vu précédemment, la région regorge de palmiers nains, et la main-d’œuvre locale y est abondante. Cela permettait d’approvisionner l’usine à l’aide de tacherons qui allaient dans un rayon de 10 Km environ autour de l’usine couper les palmes de doum à l’aide d’une faucille. En une matinée ces « coupeurs de doum » récoltaient entre 100 et 200 Kg qui étaient soigneusement placés dans un filet qu’un âne ou un chameau portait jusqu’à l’usine.

CP fin XIXe siècle. Des feuilles de palmiers nains en train d’être chargées sur des chameaux.
L’usine était installée au cœur d’El Affroun, près de l’Oued Djer et du Gué du Bou Roumi, avec des machines modernes pour le peignage et le filage des fibres. Le domaine agricole s’étendait sur des centaines d’hectares, combinant vignes, vergers, cultures céréalières et espaces dédiés à la récolte du palmier nain.

Extrait d’une carte de 1913 du Département d’Alger. En bas, entre les Oued Djer et Bou Roumi, l’emplacement de la propriété Averseng. Source ANOM.
Joseph Kuhlman qui, comme on le sait outre son activité de courtier maritime et de marchandises avait une grande propriété à Bourkika, expédiera beaucoup de cargaisons de crin végétal issu des palmiers nains ou d’alfa, fit la promotion de ce nouveau matériau dans les journaux Suédois dans les années 1860 et 1870. Source : journaux Suédois de l’époque et archives du Consulat de Suède. Lire également « Le Naufrage du Mayumba » du même auteur.
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