Voyager en 1848

Juste avant l’arrivée des premiers convois de colons en Algérie en 1848, comment voyageait-on pour se rendre en Algérie depuis la France ?

Les principaux ports utilisés étaient Marseille, de très loin le plus important et qui représentait plus de 80 % des départs et Toulon, le port militaire, d’où partaient les régiments ainsi que les fonctionnaires nommés dans la nouvelle colonie d’Afrique. La grande nouveauté depuis le début des années 1840 était la mise en activité des bateaux à vapeur. Sur ces nouveaux navires la durée moyenne du voyage était de 40 à 60 heures selon la météo et le navire (contre 8-15 jours à la voile auparavant) pour rejoindre Alger depuis Marseille. Les voiliers (trois-mâts, bricks, goélettes) étaient encore nombreux à cette époque mais la traversée durait plus longtemps : environ 8 à 20 jours, une durée très variable selon les vents ou difficultés rencontrées. Mais le prix était bien moins cher que le vapeur. Les principaux ports d’Algérie étaient bien sûr Alger, Oran et dans une moindre mesure Philippeville puis Bône.

Les services étaient dominés par l’État et la société Bazin-Périer de Marseille. Les Messageries impériales prendront le relais à partir de 1851-1852, et la société Valéry Frères (fondée en 1840) se concentra d’abord sur la Corse avant l’Algérie en 1871.

Sur les vapeurs, trois classes étaient disponibles pour les voyageurs. En 1ʳᵉ classe, on bénéficiait d’une cabine individuelle ou pour deux personnes, d’une porte fermant à clef, d’un hublot ouvrant, d’un vrai lit en bois avec matelas de laine ou de crin, de draps blancs, couverture, oreiller, rideaux, et d’une petite table de toilette avec cuvette et broc. Un salon en acajou avec banquettes capitonnées était réservé pour ces passagers. Le repas était servis à table avec potage, viande ou volaille, légumes, dessert, vin rouge ou blanc à discrétion. Enfin un espace de promenade libre sur le gaillard d’arrière et sur la passerelle était réservé. Le prix pour une traversée Marseille-Alger était d’environ 150 à 200 francs. En 2ᵉ classe, la situation était déjà bien moins confortable. On dormait dans une cabine commune de 4 à 8 personnes avec des lits superposés en bois sur deux ou trois rangs, des matelas de paille ou de laine grossière, les draps n’étaient pas fournis et on ne disposait pas de hublot. Pour les repas, ces passagers étaient servis après la 1ʳᵉ classe. Le menu était plus simple composé d’une soupe, de viande salée ou bœuf bouilli, de légumes secs, biscuit et de vin coupé d’eau. La promenade était autorisée mais seulement sur le pont principal central. Le prix en 2nde classe était de 80 à 120 francs pour la même traversée.

Les passagers de la 3ᵉ classe ou entrepont étaient logés dans grand espace commun sous le pont principal avec séparation des hommes et des femmes par une simple cloison de planches. Chacun dormait sur des planches nues ou sur de la paille jetée au sol sans matelas ni de couvertures fournis. L’aération était très faible, l’odeur forte et il pouvait faire chaud ou humide selon la saison. Aucun repas n’était fourni. Les passagers apportaient leurs provisions (pain, saucisson, fromage). De l’eau et parfois biscuit de mer distribués. L’accès au pont était très limité, souvent interdit par mauvais temps ou la nuit. Sur les voiliers, il n’existait généralement qu’une seule catégorie, équivalente à cette 3ᵉ classe des vapeurs. Pour cette classe il fallait payer entre 40 et 80 francs par voyage.

L’État assurait la majorité des services postaux et réguliers via des paquebots à vapeur de la Marine (corvettes et avisos mixtes). Ces navires transportaient courrier, troupes, fonctionnaires et passagers civils payants à une fréquence de 2 à 4 départs mensuels depuis Marseille ou Toulon.

La principale compagnie privée était la Compagnie Bazin (puis Bazin-Périer à partir de 1846). Fondée par Charles et Auguste Bazin (armateurs marseillais d’origine suisse), cette compagnie privée opère les premières lignes commerciales régulières à vapeur dès les années 1830-1840. Elle obtient des contrats avec l’État pour des liaisons vers Alger et Oran. Les pincipaux navires étaient le Henri IV, Sully (1831), Pharamond, Charlemagne, Tage, Elbe, Phénicien (acquis ou lancés dans les 1840s). Elle domina le trafic civil régulier jusqu’à sa faillite en 1854.

Quelques autres armateurs mineurs ou sporadiques commencèrent à opérer telles que la société Aynard Frères (Marseille) ou encore la Compagnie Fraissinet (créée en 1836) mais ses lignes régulières vers l’Algérie ne débutent vraiment qu’après 1850.

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