L’Amer de l’Oued Bella

Tout le monde connait l’histoire de l’Amer Picon. Pour ceux qui ne la connait pas, voir plus bas. Mais l’Amer de l’Oued Bella, qui s’en souvient ? Le 4 mars 1888, le « Réveil de Cherchel » annonce la création d’une nouvelle usine dans la ville portuaire.

Amer de l'Oued Bella publicité

« L’INDUSTRIE A CHERCHEL
Nous nous plaignions, un jour, cela date de deux ans, de la rareté des industriels dans notre région : nous pourrons constater bientôt que de grands progrès se sont accomplis de ce côté et qu’avant peu, Cherchel n’aura plus rien à envier à des villes beaucoup plus importantes.
Parmi les plus méritants des transformateurs venus chez nous, depuis lors, nous devons citer en première ligne, M. François Spiteri fils, fabricant de liqueur, qui a su nous faire oublier son prédécesseur, le sympathique Jauffret. M. Spiteri ne s’est pas borné à faire installer dans notre ville même ses alambics et ses machines, ce qui a facilité singulièrement les débitants de nos centres : il s’est mis en tête de créer du nouveau et du bon, c’est‑à‑dire, une liqueur inconnue, un apéritif parfait composé avec des plantes des environs de Cherchel, distillé et dosé avec les plus grands soins, réunissant toutes les qualités de salubrité et d’agrément, sans oublier celle du bon marché.
L’AMER OUED‑BELLA : tel est le titre original; confessons aussitôt que nous avons dégusté le produit de M. Spiteri et qu’il nous a parru parfait, son succès s’impose d’ores et déjà.
Nous ne craignons pas de nous compromettre en engageant fortement nos lecteurs à en user : cela suffira pour qu’ils en usent ».
Dans le Réveil de Cherchel, 4 mars 1888.

Malheureusement il ne m’a pas été possibile de retrouver des traces de ce François Spiteri. Il y a bien des Spiteri dans la région de Bône / Philippeville mais le lien ne parait pas certain.

L’Amer Picon est une boisson alcoolisée amère, inventée en 1837 à Philippeville par Gaétan Picon, un distillateur d’origine génoise stationné comme soldat. Conçue initialement comme un médicament contre le paludisme, elle utilisait la quinine et les oranges amères locales. La recette originale associait zestes d’orange amère, racine de gentiane, quinquina, alcool, sucre et caramel, macérés et distillés. Commercialisé dès 1837 sous le nom d’« Amer Africain », il a connu un succès rapide. En 1862 a lieu l’Exposition universelle de Londres. Le gouvernement français invite les industriels français à y prendre part. Le sous-préfet de Philippeville, Jean-Baptiste Nouvion, insiste auprès de Gaétan Picon dans ce sens, mais celui-ci refuse. Malgré tout, le sous-préfet expédie une caisse d’amer africain à Londres et la boisson y gagne une médaille de bronze, ce qui lance sa réputation

Le Picon s’est imposé en France métropolitaine à partir des années 1840, devenant un apéritif emblématique, tout en conservant ses vertus digestives et tonifiantes. Le parcours de Gaétan Picon, de soldat à industriel, illustre l’ascension sociale liée à cette invention. La diffusion rapide du Picon, soutenue par des récompenses internationales, a permis à cette boisson de devenir un symbole culturel et gastronomique, toujours apprécié aujourd’hui.

© 2025 marengodafrique.fr – Marengo d’Afrique. Tous droits réservés.
Ce site présente des informations et ressources sur Marengo d’Afrique. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation préalable.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *