Le « tombeau des fièvres »

Le lac Halloula, parfois orthographié Haloula ou Aoula, était une vaste étendue d’eau saisonnière située dans la plaine de la Mitidja, en Algérie, dans la wilaya de Tipaza, à environ 70 km à l’ouest d’Alger et près de la mer Méditerranée. Cette cuvette marécageuse, alimentée par des oueds comme le Kebira, l’Ameur el Aïn et l’oued Bourkika, s’étendait sur 2 000 à 4 000 hectares selon les saisons, avec des profondeurs allant jusqu’à 7 mètres. Sans accès naturel vers la mer, elle constituait un foyer majeur de paludisme, causant des inondations hivernales, des proliférations de moustiques et des fièvres dévastatrices pour les populations locales et les colons français. Aujourd’hui asséché et transformé en terres agricoles fertiles, son histoire est marquée par des efforts d’assainissement intenses durant la colonisation française, particulièrement entre 1848 et 1900, impliquant des ingénieurs, colons et autorités comme Victor Esprit de Malglaive et son fils Maurice de Malglaive.

Gravure montrant le lac Halloula avec en arrière plan les montagnes de l'Atlas Blidéen. Source : revue "Le Monde Illustré" publié en 1873. Gravure réalisée par Alexandre de Bar d'après un croquis de Oscar Mac-Carthy (1815-1894)

Gravure montrant le lac Halloula avec en arrière plan les montagnes de l’Atlas Blidéen. Source : revue « Le Monde Illustré » publié en 1873. Gravure réalisée par Alexandre de Bar d’après un croquis de Oscar Mac-Carthy (1815-1894) (1).

Situé près des localités de Montebello, Bourkika, Marengo et Ameur-el-Aïn, le lac Halloula marquait l’extrémité ouest du territoire des Hadjoutes, à une altitude d’environ 48 mètres, dominé par une crête culminant à 260 mètres s’étendant sur une dizaine de kilomètres entre Haouch Balaouane et Attatba, non loin du célèbre Tombeau de la Chrétienne. Avant la conquête française en 1830, la région était largement inhabitée en raison du paludisme et autres maladies infectieuses. À l’époque romaine, le site était connu pour la chasse à l’éléphant sauvage, et des découvertes archéologiques en 1932-1933 ont révélé une station néolithique avec des outils en silex sur plus de 20 km le long de la crête, indiquant une occupation humaine préhistorique.

La période 1848-1900 illustre les défis de la colonisation française en Algérie, avec le lac Halloula comme symbole d’un environnement hostile. En 1848, dans le cadre de la création de 42 colonies agricoles, la fondation de Marengo est confiée au capitaine du Génie Victor Esprit de Malglaive, un officier décrit par le préfet Lacroix comme étant « d’un caractère, il est vrai, un peu systématique, mais d’une intelligence et d’un courage qui ne faillit à aucun de ses devoirs ». Dès 1849, Victor Esprit de Malglaive propose un projet pour détourner l’oued Bourkika dans le lac afin de le combler par alluvions, mais l’expérience échoue initialement. Entre 1850 et 1853, plusieurs propositions émergent : l’ingénieur Rougemont suggère un canal, le général Chabaud de la Tour un tunnel sous les collines du Sahel (idée repoussée pour coûts excessifs), et Victor Esprit de Malglaive soumet deux projets rejetés par les autorités de l’époque. Le paludisme décime les colons ; de 1849 à 1857 et le taux de mortalité à Marengo atteint 9,52 %, avec des familles entières terrassées par des fièvres fulgurantes. Son fils, Maurice de Malglaive, relate dans son témoignage : « Cette méthode automatique est saluée comme un miracle, mais des jalousies administratives émergent ; un prétexte (graviers rendant les sols infertiles) est invoqué, malgré des exemples contraires ». En 1855, le gouverneur général autorise finalement le détournement de l’oued Djer, triplant la sédimentation.

De 1858 à 1864, un fossé d’écrêtement et un canal vers l’oued Bou Roumi réduisent la surface inondée de 500 hectares, limitant les inondations lors des pluies maximales. En 1862, ces avancées permettent la création de la commune d’Attatba mais le paludisme n’empêche pas la mort d’ouvriers lors des creusements, avec des crues emportant barrages et outils.

Vers 1880, l’assèchement partiel permet la plantation de vignes. En 1888, les municipalités de Marengo poursuivent l’assainissement mais le paludisme persiste et en 1904 encore, 75 des 87 habitants de Montebello sont atteints. Les colons surnomment le lac « le tombeau des fièvres », avec des récits de familles décimées et d’inondations ruinant les récoltes.

Dès les années 1920, un syndicat mené par M. Marc d’Héré pousse pour l’assèchement définitif, avec des projets comme un tunnel sous la crête ou la plantation d’eucalyptus. En 1928, une manifestation à Montebello réunit autorités et colons, soutenue par le gouverneur général Marcel Bordes, pour drainer 3 000 hectares via la voie ferrée Coléa-Marengo-Alger. Le tunnel est achevé en 1930, transformant la zone en plaine agricole.

(1) Oscar Louis Alfred Mac Carthy (Paris, 1815 – Alger, 23 décembre 1894) est un géographe et explorateur français d’origine irlandaise. Fils d’un érudit, Jacques Mac Carthy, qui l’associe à ses recherches, il s’installe à Alger en 1852 et est chargé par le gouverneur d’aller à Tombouctou en traversant le Sahara, mais l’expédition est annulée. En 1857, il accompagne Henri Duveyrier à Laghouat. Il l’aide de nouveau en 1859 à préparer son voyage chez les Touaregs. En 1862, sa Carte du Sahara accompagnera la publication du récit de Duveyrier. Directeur de la Bibliothèque nationale d’Algérie de 1869 à 1890, il sera le conseiller de nombreux explorateurs comme Victor Largeau, Louis Say, Paul Soleillet ou Paul Flatters.

Sources : BNF, wikipedia et Cercle Algérianiste.

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