Après l’insurrection des Mokrani dans le Constantinois au début de l’année 1871, consécutive à la chute de l’Empire et la promulgation du décret Crémieux (1) et alors que l’on pensait cette période de soulèvement terminée, ce sont les villages du Chenoua qui furent attaqués et en particulier Novi et Zurich. Michel Eugène Beauvais, maire de Marengo depuis quelques mois évoque dans une lettre au Garde des Sceaux des années plus tard ses évènements qui affecteront durement les villages de Novi et Zurich, sans oublier la ferme Brincourt. Cherchell ne dû sa sauvegarde qu’à l’arrivée de l’aviso (2) « Le Kléber » le 15 juillet. Prêtant secours aux soldats et blessés et aux civils il organisa les ambulances jusqu’à l’hôpital de Marengo défendu par les Zouaves du Colonel Désandré fraichement arrivé de Coléah. (lire la suite dans Marengo d’Afrique, tome 1).

Carte de l’insurrection de 1871 extraite du livre de Louis Rinn « Histoire de l’insurrection de 1871 » publié en 1891.
Extrait de « Marengo d’Afrique » : Pratiquement en même temps, une autre colonne d’insurgés attaquait Zurich. Dans la matinée, un chef était venu faire des offres de service et manifester son dévouement ; en réalité, son but était de se rendre compte de la force du détachement arrivé dans la nuit et des dispositions prises par les habitants. Il alla aussitôt rejoindre les rebelles. A 11h30, il revenait à la tête des contingents de sa fraction accompagné d’autres bandes. En quelques instants, cinq maisons, celles des familles Setty, Bonaventure, Reich, Nicolas et Découflé ainsi que le presbytère et l’école furent saccagés et pillés.
Beaucoup d’habitants n’eurent pas le temps d’atteindre le réduit fortifié bâti au milieu du village. Les sieurs Richard et Lercy, entourés par les insurgés, faillirent perdre la vie et un vieillard, le sieur Xavier Mongenot, fut mortellement blessé et un condamné du pénitencier qui défendaient le village fut massacré en tentant de gagner la redoute, enfin une jeune fille de 23 ans, Victorine Raz fut mortellement frappée en fermant le volet d’une fenêtre ; toutes les maisons que ne protégeaient pas le feu de la redoute furent vidées et saccagées. Au moment où cette jeune fille tombait, la carotide coupée par une balle alors qu’elle essayait de fermer les volets des fenêtres, les rebelles enfoncèrent la porte de sa maison, située à l’extrémité du village.
Au même instant, un grand nombre d’indigènes pénétrèrent dans la maison ; l’un d’eux, le chef de la bande, Mouloud-ben-Djelloul-Simiani, voyant la mère éplorée près d’une jeune fille mourante, lui cria : « Madame Setty, reste tranquille, laisse faire, sinon ils te tueront aussi. » La malheureuse resta abîmée dans sa douleur ; sa maison fut pillée, mais on ne lui fit aucun mal ».

acte de décès de Victorine Raz à Zurich le 14 juillet 1871 à 1h de l’après-midi.
Si ce récit fut fortement inspiré par le texte de Rinn (Histoire de l’insurrection de 1871 en Algérie, 1891), le nom des personnes concernées à Zurich n’était pas mentionné. C’est l’analyse des actes civils de la commune de Zurih qui a permis de retrouver les noms du « vieillard » de 67 ans et de la jeune fille Victorine Raz. L’acte de décès ne mentionne pas les circonstances du décès mais le doute n’est pas permis. Pour la petite histoire, les coupables du crime furent reconnus sur la place du marché de Marengo un peu plus tard par la mère et furent traduits en justice et … décapités par guillotine sur la place du village et présence de nombreux badauds…
(1) Le décret Crémieux (du nom d’Adolphe Crémieux) est le décret no 136 qui attribue d’office en 1870 la citoyenneté française aux « Israélites indigènes » d’Algérie, c’est-à-dire aux 35 000 Juifs du territoire. Il est complété par le décret no 137 portant « sur la naturalisation des indigènes musulmans et des étrangers résidant en Algérie » : pour ce qui les concerne, la qualité de citoyen français n’est pas automatique puisqu’elle « ne peut être obtenue qu’à l’âge de vingt et un ans accomplis » et sur demande.
(2) un aviso est un petit navire de guerre à voile, armé, rapide et de faible tonnage, pouvant être gréé en brick, cotre, ou goélette, servant de liaison pour le commandement d’une marine de guerre et assurant les communications entre les divers bâtiments, entre des navires et la terre ou de port à port. Les avisos transportaient colis et courriers, et transmettaient ordres et renseignements. J’évoquerai dans un prochain poste, l’arrivée du « Kléber » à Cherchell.
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