La vie politique en Algérie de 1830 à 1900 (1/9)

Michel Eugène Beauvais a eu une longue carrière politique en Algérie. Conseiller municipal dès décembre 1857 puis adjoint-maire faisant fonction et enfin maire de décembre 1870 à juin 1886. Son beau-frère, Ovar Lafitte a également été maire de Cherchell, de 1870 à 1882 et en même temps conseiller général. L’objet de cette suite d’articles relatifs à la politique en Algérie à cette époque est de comprendre dans quelles circonstances ils avaient pu être élus ou nommés.

Cette suite d’articles est scindée en neuf volets :

  • Aperçu général de la vie politique en Algérie de 1830 à 1870.
  • Le cas des commissaires civils.
  • Liste des Principaux Partis et Mouvements Politiques en Algérie de 1870 à 1900.
  • Les élections municipales
  • Le Conseil Général
  • Les bureaux arabes.
  • La Montée de l’Antisémitisme en Algérie Française de 1870 à 1900.
  • Quelles étaient les opinions politiques de Michel Eugène Beauvais ?
  • Le Royaume Arabe de Napoléon III.
1/9 : Aperçu général de la vie politique en Algérie de 1830 à 1870.

L’Algérie coloniale, conquise par la France en 1830, a vu son paysage politique et électoral évoluer au rythme des changements de régimes en métropole, tout en étant marqué par la domination des colons européens sur les populations autochtones. De l’administration militaire initiale à la consolidation républicaine, les élections et les partis étaient des extensions des dynamiques françaises, adaptés pour exclure les musulmans et favoriser les intérêts coloniaux. Les mairies et conseils généraux, instances clés du pouvoir local, reflétaient cette asymétrie : réservés aux Européens, ils assuraient le contrôle administratif et économique.

1830-1848 : Conquête Monarchique et Administration Militaire

La prise d’Alger en 1830, sous Charles X, inaugure une ère d’administration militaire sans partis structurés ni élections démocratiques. Les premiers colons, militaires reconvertis ou aventuriers, sont influencés par les royalistes légitimistes, voyant l’Algérie comme une extension de la monarchie bourbonienne. Après la Révolution de Juillet (1830), les orléanistes (soutiens de Louis-Philippe) dominent, promouvant une colonisation libérale pour des intérêts commerciaux. Des socialistes utopiques (saint-simoniens) émergent, envisageant des réformes sociales, mais sans organisations partisanes formelles.

Sur le plan électoral, il n’y a pas d’élections : l’administration est centralisée sous un gouverneur militaire (ordonnance de 1834). Les premières mairies apparaissent dans les villes comme Alger (1830) et Bône (1834), avec des maires et conseillers nommés par l’autorité militaire, souvent parmi les officiers ou colons influents. Ces conseils municipaux, composés initialement de Français et de quelques représentants locaux (musulmans ou juifs), gèrent les affaires urbaines sous contrôle strict. Pas de conseils généraux ; le pouvoir est hiérarchique, avec des “bureaux arabes” (1844) pour administrer les territoires conquis.

1848-1870 : Deuxième République et Second Empire – Vers une Intégration Départementale

La Révolution de 1848 apporte un tournant républicain : l’Algérie est intégrée en trois départements (Alger, Oran, Constantine) en 1848, accordant le suffrage universel masculin aux Européens. Les républicains modérés et radicaux prédominent chez les colons, défendant une colonisation intensive. Les royalistes deviennent minoritaires, tandis que les bonapartistes émergent parmi les militaires. Après le coup d’État de 1851, le bonapartisme s’impose, soutenant un “royaume arabe” contesté par les colons radicaux.

Les élections se développent : députés algériens élus par les colons et militaires français à l’Assemblée Nationale. Dans les communes de plein exercice (majoritairement européennes), les conseillers municipaux sont élus au suffrage censitaire (loi de 1850), mais les maires sont nommés par le gouverneur ou l’Empereur (décret de 1852). Les communes mixtes (rurales) sont dirigées par des administrateurs nommés, assistés de commissions consultatives dominées par les Européens. Les conseils généraux des départements sont créés en 1858 : élus par les colons au suffrage censitaire, ils gèrent budgets et infrastructures, avec une majorité européenne (pas de musulmans élus jusqu’en 1870, puis nommés en minorité).

La mairie de Batna en 1865. Photo Degand. Collection personnelle de l’auteur.

1870-1900 : Troisième République – Domination Républicaine et Émergence de l’Antisémitisme

Avec la chute de l’Empire en 1870, la IIIe République s’installe : les colons adoptent majoritairement les républicains opportunistes (modérés) et radicaux, favorables à l’assimilation et à l’expropriation (loi Warnier, 1873). Les royalistes persistent en minorité conservatrice. Dès les années 1890, un mouvement antisémite surgit, aligné sur l’extrême droite (Drumont, Régis), dominant les élections locales et reflétant des tensions économiques avec les Juifs, devenus citoyens en 1870 avec le décret Crémieux.

Les élections s’élargissent : suffrage universel pour Européens, avec clientélisme. Dans les communes de plein exercice, les maires sont élus par les conseils municipaux (loi Picard, 1871 ; lois 1875-1884), mais adaptés pour exclure les musulmans (seuls les Européens votent). Les communes mixtes restent sous administrateurs nommés. Les conseils généraux, élus par les colons, voient une représentation musulmane limitée (nommée en 1875, puis élue en minorité après 1898). Les délégations financières (1898) créent une assemblée consultative avec collèges séparés, renforçant le pouvoir colonial.

La mairie d’El Arrouch, vers 1890. Collection personnelle de l’auteur.

Conclusion

De 1830 à 1900, les partis en Algérie évoluent des royalismes initiaux à une hégémonie républicaine, avec des factions informelles reflétant la métropole. Les élections, limitées aux Européens, renforcent leur domination via mairies (de nommées à élues) et conseils généraux (créés en 1858, élus majoritairement par colons). Ce système exclut de fait les autochtones, posant les bases des tensions nationalistes du XXe siècle.

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