Le nom du village composé de « Ameur» (rouge) et de « Aïn» (la fontaine) signifie littéralement « la fontaine rouge ».C’est également le nom de l’oued, qui passe à 400 mètres à l’Ouest du village et dont les crues alimentaient le sinistre lac Halloula. Cette colonie agricole fut créée en 1849 et constituée définitivement par décret du 4 juillet 1855 puis érigée en commune de plein exercice par arrêté préfectoral du 14 septembre 1870.

Le village d’Ameur el Aïn, vers 1890.
Fin janvier 1851, huit familles suisses du Bas-Valais, nanties par leur canton d’origine d’un pécule de 375 francs vinrent s’y installer. Ils défrichèrent leurs jardins et écrivirent à des compatriotes de venir les rejoindre. En mars, 16 nouvelles familles arrivaient, puis une quarantaine d’autres. La colonie comptait alors 283 personnes, placées sous l’administration du Capitaine Blanc, d’EL-AFFROUN. Rapidement, l’administration demande à ce dernier d’engager les célibataires à quitter le centre, et à les expulser au besoin, s’ils ne donnent pas satisfaction.
Avec les chaleurs de l’été le paludisme fit son apparition. La colonie est décimée par les fièvres et la chaleur. « Il n’y a plus de gaîté ni d’entrain, écrit le Directeur, mais de la tristesse et de l’abattement dans les maisons encombrées de malades où tout le monde s’enferme, de peur du sirocco et du soleil ». Il demande des secours, et qu’on procède le plus rapidement possible au lotissement des terres. « La misère est grande dans les ménages ; les moyens d’existence accordés sont insuffisants, surtout pour les malades. On ne peut acheter que du pain et fort peu avec 0,25 f. Il serait urgent de leur allouer une demi livre de viande jusqu’au mois d’octobre ».
Un rapport du Docteur Vincent, médecin de la colonie, explique que les émigrants suisses sont une proie toute désignée pour la maladie. Leur état se traduit par des goitres chez les femmes, par une anémie et un développement difficile chez les jeunes filles, par des tares physiques et mentales chez les hommes. Le climat et lamisère ne peuvent qu’empirer cet état. Il leur fit distribuer 50 manuels d’hygiène. Devant leur dénuement, le Gouvernement général leur alloua une indemnité supplémentaire de 0,50 f, leur fit distribuer cent paillasses. Une quatrième religieuse vint les assister. A un regain du paludisme en octobre beaucoup quittèrent le village qui ne comptera, en fin d’année, que 144 habitants contre 283 fin juillet. 57 personnes sont mortes au cours de l’année, un cinquième ! 82 sont parties.
En 1852 des aménagements sont réalisés pour l’assainissement et l’adduction d’eau. Au début de l’année, sept familles d’Alsaciens, puis onze familles de Francs-Comtois arrivent. La colonie compte alors 222 personnes. Fin mars, le directeur se déclare satisfait. Malgré la maigre indemnité qui leur est allouée, chaque colon abandonne 5 centimes par jour pour constituer un fonds de secours. Il se félicite du bon exemple apporté dans la colonie par les Alsaciens et les Francs-Comtois. Hélas ! Ces derniers vont payer un lourd tribut au paludisme et, en octobre, il ne reste plus que 5 familles frappées par la mort, les autres sont parties, éprouvées elles aussi.
Le rapport de septembre du directeur est moins optimiste que celui du 31 mars. Il se plaint de « l’apathie des familles suisses, qui composent encore la majorité de la colonie et dont le canton du Valais paraît avoir favorisé l’émigration parce qu’elles étaient en charge. Elle renferme des crétins et des goitreux qui ne sont pas démoralisés parce qu’ils n’ont pas l’intelligence de penser au lendemain. Quoique ayant des habitudes de religion, elles sont affligées du vice de l’ivrognerie dans les deux sexes et d’une grande immoralité chez les femmes ». A ce moment, la population ne compte plus que 169 personnes, dont 31 enfants de moins de 7 ans, contre 211 enjuin. Il y a bien eu deux naissances, mais 28 départs et 18 décès. Et le nombre de décès ne fait que s’accroître au
cours du dernier trimestre : 35, ce qui porte leur nombre à 53 au cours de 1892 (238 pour mille). Source : Jean-Claude Rosso

« Après avoir traversé le village d’Ameur-el-Aïn, l’attroupement passa au pied d’une colline basse plantée de beaux arbustes, qui étaient tous encore en fleur. Une source d’eau vive cheminait entre les plantations ; on aurait dit une oasis, une oasis au milieu de champs et de chemins poussiéreux. Yusuf et ses accompagnants du jour purent apercevoir, en arrière-plan, une belle maisonnette dont le toit était recouvert de tuiles rouges et les murs blanchis à la chaux étaient à demi recouverts de plantes grimpantes. Derrière la maison, un verger fait de citronniers, d’orangers, de grenadiers et d’oliviers, heureux assemblage de fruits et de fleurs. Alors que la voiture passait près de la ferme, tous virent le Général Yusuf saluer l’hôte des lieux d’un grand geste puis ils poursuivirent leur route vers la Bourkika et Marengo »…. Cette ferme était la ferme du Val Louise (lire la suite dans Marengo d’Afrique tome II).

carte des environs d’Ameur-el-Aïn, extrait de la carte de l’arrondissement de Marengo dressé par le service géographique de l’armée en 1890. Collection personnelle de l’auteur.
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