Le centre de population du Nador est créé par arrêté du 3 mai 1872, appliqué en 1877 (déclaration d’utilité publique par arrêté du 26 octobre). Il prend le nom de Desaix par décret du 20 août 1889.
Dans l’arrêté du 3 mai 1871, du Gouverneur général de Gueydon prescrivit des études et travaux préalables à l’installation d’un centre au lieu-dit Nador, sur la route Marengo-Tipasa. Le 16 mars de l’année suivante, une Commission était créée par le Préfet, pour l’étude et l’établissement de ce village. Le 23 juillet, le Maire de Marengo, M. Beauvais, regrette « que Ie nouvel emplacement éloigne le village du chef-lieu de son administration, et par ce motif, réserve son vote ». On se rappelera qu’à cette même date les villages allentours étaient attaqués par la tribu des Menaceurs (voir « Marengo d’Afrique » tome II) et cette insurrection de fut métrisée que début août…

Le 5 août 1876 (4 ans après) la Commission proposa la création au centre de la vallée du Nador. Le projet prévoit l’installation d’un village de 20 familles, chacune disposant de 30 ha, avec un centre communal de 10 ha et de 12 fermes de 50 ha. L’arrêté du 25 novembre de la même année indique que : « le centre de Nador serait situé sur un plateau dominant la vallée, en vue sur la mer, et réunissant de bonnes conditions tant au point de vue salubrité que du point de vue de la sécurité. Ce plateau serait relié au km 5,700 de la route de Marengo à Tipasa par un chemin d’accès dont la construction exigerait l’établissement d’un pont et d’un ponceau (petit pont). Une dérivation de l’oued Ismaden ainsi que et l’aménagement d’une source connue sous le nom d’Aïn-Merdja, pourvoiraient aux besoins de la population en eau potable. Le périmètre du Nador embrasserait une superficie de 1008 ha, dont 508 ha appartenant aux Domaines de l’Etat. Ces 508 ha se décomposent en 233 ha de terre de culture et 275 ha formant la forêt du Bou-Rouis. Ce surplus du territoire, soit 500 ha est détenu par divers indigènes et un européen, le Dr Durand, qui s’est rendu acquéreur par la voie judiciaire, d’une superficie de 140 ha moyennant un prix de 17.000 francs. Il y aura lieu de pourvoir à l’expropriation de ces terrains, à l’exception toutefois de la propriété Durand et d’offrir aux indigènes dépossédés des compensations territoriales dans les Beni-Menasser, proche de Cheragas où l’État possède 6.000 ha provenant du séquestre. La Commission a proposé d’installer 20 familles au Nador en leur donnant à chacune 30 ha en moyenne et de maintenir les 275 ha de la forêt du Bou-Rouis sous le régime forestier, sauf à les attribuer au hameau à titre de dotation forestière communale ».

Le 15 mars 1877, le plan du village est dressé. Le 28 août une décision préfectorale précise les travaux à réaliser pour le peuplement du centre, prévu dès la fin de l’année : chemin d’accès, y compris le pont sur l’oued Ismaden, ouverture des rues et boulevards, aménagement des eaux : lavoir, fontaine, abreuvoir, conduite, creusement d’un puits. L’affaire, qui a traîné 6 ans, est maintenant menée rondement. Les travaux sont adjugés le 3 octobre à un entrepreneur de Marengo Adrien Gay. Fin 1877, paradoxalement le Maire de Marengo Michel Eugène Beauvais doit rappeler au Préfet qui lui transmet les ordres, que Desaix fait partie de la commune de Cherchell, distante de plus de 20 km. La Préfecture et les Ponts et Chaussées entrent en conflit, chacune revendiquant le pouvoir de désigner les lots. Mais les premiers colons sont déjà arrivés. Les uns s’installent comme ils le peuvent, d’autres repartent à Alger déclarer à la Préfecture qu’ils n’ont pu prendre possession de leur lot urbain. Lors des expropriations, on avait laissé entendre que les propriétaires auraient la jouissance de leurs terres jusqu’à la récolte. Fin décembre, le Préfet demanda au Maire de Marengo de faire libérer immédiatement les terres expropriées. On verra cohabiter allocataires et anciens propriétaires.
Le 8 février 1878, la Maire de Cherchell, Ovar Lafitte (beau-frère de Michel Eugène Beauvais …) signale dans un télégramme au Préfet « que les lots de jardin du village du Nador ont été cultivés cette année par les indigènes dépossédés. Il n’y aurait aucun inconvénient à ce que les colons admis dans ce centre puissent prendre possession dès maintenant de leurs lots de jardin en prenant toute fois des arrangements avec les indigènes expropriés ». (Lire « Marengo d’Afrique » tome III, en cours de rédaction).

Le pont du Nador, région de Tipaza, vers 1880. Collection personnelle de l’auteur.
Alors que l’admission de 20 colons, 7 algériens et 13 immigrants faisait l’objet d’une décision du 26 septembre 1877, le Maire de Cherchell, 0var Lafitte, qui s’est rendu le 15 juin 1878 sur les lieux, constate l’installation d’attributaires qui n’ont pas informé la commune de Cherchell (rappelons qu’elle est distante d’une vingtaine de kilomètres). Le Maire constate également dans son rapport que l’assiette du village est plus grande que nécessaire ; que la route GC n°3 Alger-Cherchell passe à environ 70 m au nord du village, franchit l’oued Guergour et va rejoindre le chemin de Marengo à Tipasa en traversant le Nador à près de 4 km en aval du village. Cette voie n’est qu’à l’état de piste – sur un sentier arabe. Il serait souhaitable qu’elle traverse le village. Il constate également que l’école et le logement de l’instituteur sont en voie d’achèvement, ainsi que le pont sur l’oued Ismaden, que l’eau manque : un puits a été creusé, mais il n’y a pas de noria ; il couvre à peine les besoins ménagers, enfin, les indigènes continuent à y résider, ajournant ainsi la prise de possession des lots. En juillet, une plainte d’un colon, Monsieur de Noter expose, entre autres sujets de griefs « qu’ils meurent littéralement de soif et que l’eau d’irrigation fait défaut pour l’arrosage des arbres ».
En 1881, à la demande de ses habitants, le Nador et la ferme Durand sont soustraits de Cherchell pour être rattachés à Marengo. Chacune des sections de Marengo, Montebello, Tipasa et Desaix aura un adjoint au Conseil municipal de Marengo. Bien entendu, la Commune de Cherchell, dans sa séance du 15 avril 1879, avait marqué une vive opposition, mais la logique voulait que Desaix soit rattaché au chef-lieu le plus proche.
La population comptait, en 1886, 262 Français 51 étrangers, soit 513 personnes. Si la malaria se fit sentir pendant la période du défrichage, l’état sanitaire était satisfaisant au début du siècle. L’aménagement de l’oued Bou-Ismadon produisait 108 m3 d’eau par jour et le puits-noria 43 m3. Le surplus, était utilisé pour l’irrigation. La culture de la vigne donna un essor incomparable à ce village aux débuts si difficiles. Son territoire de coteaux propre à cette culture en fit un centre prospère. C’est l’extension de cette culture qui explique l’accroissement de la population entre 1896 et 1901. D’autre part, un port d’embarquement du vin, Tipasa, n’était distant que de 5 km. En 1909 les C.F.R.A. prolongeaient jusqu’à Cherchell la voie d’El-Affroun à Marengo. Elle rendit d’appréciables services pendant cette période d’essor, en attendant la relève des transports par camions. Une enquête menée en janvier 1903 constatait que 12 immigrants restaient en possession de leur lot et 7 Algériens ; que 6 propriétaires nouveaux l’étaient par acquisition du titre définitif (3 Im +3 Al.). Quant aux concessionnaires disparus, 2 immigrants avaient vendu et 3 loué ; 4 Algériens avaient vendu et 1 loué : 12 immigrants étaient restés en Algérie et 2 avaient regagné la métropole. La population de Desaix diminua très rapidement à partir de 1901. En 1954 la population était tombée à 111, alors que la population indigène comptait 487 personnes.
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