le maire BEAUVAIS

Le 19 octobre 1904, à Marengo dans la province d’Alger, décédait Michel-Eugène Beauvais à l’âge de 79 ans. Le journal « Le Tell » de Blida relata l’information avec une certaine émotion en annonçant la mort d’un « vieil algérien, qui jouissait de l’estime et de la considération de chacun ». Le journal adressa ses condoléances aux familles Beauvais, Néron, Kuhlman, Lafitte, Desjardins, Chapotin, Favereau et Amiel. Tant de noms qui seront évoqués dans ce livre de souvenirs. A travers le personnage de Michel-Eugène, mon arrière-arrière-grand-père maternel, nous allons parcourir ensemble plus de cinquante ans relatifs aux débuts de la colonisation en Algérie.  Michel-Eugène était arrivé en Algérie aux alentours de l’année 1849, non pas en empruntant les « convois de 1848 » mais quelques mois plus tard en partant par ses propres moyens de Toulon. Toulon, une ville où s’étaient installés ses parents deux décennies plus tôt. Nous découvrirons un personnage haut en couleur, charismatique, fier républicain et soucieux du bien-être de sa famille.

Michel Eugène Beauvais (Saint-Jean d’Angely, Dordogne 1826 – Marengo, Algérie 1904). Archives personnelles de l’auteur.

Il fût, dès son arrivée en Afrique de toutes les batailles, de toutes les difficultés et à travers son évolution nous découvrirons la création et le développement du village de Marengo, les épidémies de choléra, régulières et meurtrières à cette époque, les conflits avec les tribus indigènes, les révoltes, la famine aussi consécutive aux invasions de sauterelles et criquets, les joies mais aussi les malheurs, la création des écoles, de l’hôpital communal, du barrage, des routes. Bref le développement de l’Algérie, contournant les multiples difficultés et tourments vu de Marengo. Cent-soixante-dix plus tard, la chance qui s’offre à nous est d’avoir en notre possession un très grand nombre de documents (encore faut-il réussir à les retrouver !). Michel-Eugène était devenu un personnage public en effet. Conseiller municipal dès 1856 puis adjoint au maire quelques années plus tard et enfin Maire de Marengo de 1870 à 1886. Il deviendra même en 1871 Premier Suppléant au Juge de Paix de Marengo à la faveur de son implication remarquée lors de l’insurrection de 1871.  Ce n’est pas seulement de Marengo dont nous allons parler car, devenue petit à petit une place importante, la ville s’était constituée en communauté urbaine, comme on dirait de nos jours, et des nombreux villages aux alentours étaient gérés par la municipalité dont Michel-Eugène fut un des personnages les plus marquants. On assistera à la création de Bourkika, à sept kilomètres au sud en direction de Blida, de Tipaza sur la côte et qui devait devenir le « port » de Marengo, des villages de Nador dont la gestion était disputée par les deux municipalités de Cherchell et Marengo ou de Montebello, près de ce lac pestilentiel, le lac Haloula et enfin de Bou Yersen, les fermes nouvellement créées vers 1876. On parcourra également les débuts du village de Zurich, proche de Cherchell, village où s’était installée la famille d’Eulalie Chapotin, la première épouse de Michel-Eugène. Le célèbre peintre et dessinateur Vivant Beaucé sera du même voyage, avec le convoi n°12, parti de Paris peupler la colonie de Zurich. Il nous a laissé un témoignage précieux décrivant l’installation des premiers colons du village de Zurich.

La petite ville eut le privilège de recevoir l’Empereur en personne en 1865. Car suite à l’insurrection déclenchée par les Flittas dans l’Oranais en juin 1864, Napoléon III décida de visiter l’Algérie et de rencontrer les différentes communautés qui la composaient, l’armée encore très présente, les colons mais aussi les représentants des populations indigènes. Il viendra même à la rencontre des Flittas et fera relâcher les insoumis emprisonnés. Suite à cette longue visite, l’Empereur, convaincu de la nécessité d’une autre approche, se fera le défenseur de ce qu’il appellera lui-même un Royaume Arabe associé à la France qui irait du Maghreb à la Palestine. En rentrant en France, quelques semaines plus tard, Napoléon III rédigera une lettre rendue publique et destinée au nouveau Gouverneur Général Mac Mahon.

Cette orientation politique restera néanmoins un vœu pieux qui ne recevra jamais l’appui nécessaire, tant de la part de l’Assemblée Nationale que des populations nouvellement installées en Algérie et suscitera au contraire beaucoup d’incompréhensions. Cette occasion gâchée fût un tournant précoce dans l’histoire du pays que seul Lyautey, plus tard au Maroc, reprendra à son compte pour la grande chance de son pays d’adoption. Qui dit personnage public, dit plus grande chance de laisser une trace dans les journaux de l’époque. La bibliothèque Nationale de France à travers son site internet « Gallica », fourmille d’articles de journaux décrivant le développement de la colonie. On y retrouve avec émotion les discours du maire, cité plusieurs fois en exemple, la création des écoles et des hôpitaux. On y lit également les conflits locaux fait de petites bassesses électorales et personnelles. En 1916, le Guide Joanne, futur Guide Bleu Hachette décrit brièvement la petite ville de Marengo en ces termes :


« Marengo, km 89 (hôtel d’Orient). Grand et beau village de 4600 habitants dont 2200 européens, situé à l’extrémité ouest de la Mitidja, au pied des montagnes des Beni-Menasser, près de l’oued Meurad. Centre agricole important ; marché considérable le mercredi. Pour aller au Tombeau de la Chrétienne, on gagnera Montebello, petit village à 13 km à l’est de Marengo, d’où l’on peut monter au Tombeau, soit directement à travers la broussaille, soit en poursuivant par la route à l’est jusqu’à Ben-Achour et en grimpant alors droit au nord. De Montebello à Tipaza (9 km), les touristes en voiture particulière enverront celle-ci les attendre au col au nord-ouest du village, où ils se rendront directement au Tombeau (4 km). De Marengo à Cherchell la voie ferrée contourne Marengo- par le nord puis s’engage dans une région boisée. A 7 km, Desaix (Nador), station en contre-bas du village de ce nom. La route laisse à gauche Desaix, franchit l’oued Nador et suit sa vallée vers le nord-est à travers les vignobles. A gauche, la route pour le cap Chenoua. A 6 km, Tipaza ».

Voici l’histoire de Marengo et des villages alentours que vous allez découvrir, une histoire qui court sur plus de cinquante ans de 1848 à 1904.


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