J’aurai pu choisir un autre titre pour cet article tellement cette histoire est étonnante…
Une des lettres de Michel Eugène Beauvais faisant partie de son dossier de magistrat, évoquant les évènements relatifs au soulèvement de la tribu des Beni Menasser de juin à début août 1871 mentionne la destruction de la ferme du Général Brincourt. Michel Eugène, alors maire, se charge de l’envoi des ambulances portant secours aux civils et militaires touchés par cette insurrection. Mon intuition fût que Brincourt et Beauvais pouvaient se connaitre. En tout cas, la notoriété à l’époque du Général devait attirer l’attention des notables de la région.

La ferme de l’Oued Bellah achetée vers 1860 par le Général Brincourt. Collection personnelle de Georges Brincourt.
Puis en lisant les mémoires du Général (2) une autre anecdote historique m’intrigua. Brincourt avait été envoyé en Suède en 1858 et l’analyse des archives du consulat général de Suède à Alger ainsi que d’autres documents d’époque indiquaient que des Officiers de la Garde du Roi (Svea Ligarde) étaient en poste ou en mission en Algérie. Le plus connu d’entre eux étant Carl Wilhelm Edvard Ridderstad (1843-1930) futur colonel et inventeur d’un célèbre jeu de guerre dont la carte de visite et la photographie se trouvent dans l’album familial des Kuhlman. L’idée m’est venue que Brincourt et le futur Consul Général Josef Kuhlman pouvaient également se connaitre. Toujours dans ses mémoires le Général, invité lors du couronnement du Roi Karl XV en mai 1860, précise que lors de la réception, le Roi offrit à ses invités une photo de lui et de la Reine ainsi qu’une petite collection de personnages habillés en costumes traditionnels des différentes régions de Suède et de Norvège. Une collection de photographies, tout comme celles du Roi et de la Reine, que l’on retrouve également dans l’album familial. Il devenait évident que Kuhlman et Brincourt pouvaient très bien se connaitre et avoir même fait le voyage ensemble… Si on se rappelle le zèle qu’avait Josef pour régulièrement publier des articles sur le développement de la colonie dans les journaux suédois de l’époque ainsi que ses efforts pour tisser des liens entre l’Algérie et son pays d’origine; on peut même penser qu’il ne fut pas totalement étranger à la nomination du futur Général à Stockholm en 1858.

Le Roi de Suède Karl XV et la Reine Lovisa et des personnages en costumes traditionnels. Collection personnelle de l’auteur en provenance de l’album familial des Kuhlman.
Brincourt, Beauvais et Kuhlman se connaissaient donc très certainement. J’ai pu échanger sur ce sujet avec le professeur Georges Brincourt, arrière petit-fils du Général et là où la chose parait encore plus surprenante est que Georges était l’ami le plus cher de … mon père Lucien, lui aussi professeur d’université. Les deux se connaissaient depuis le collège à Boufarik puis l’université à Ben Aknoun, sans savoir que leurs ancêtres (par alliance) avaient pu être sinon proches, du moins des connaissances…
Il restait une partie de l’énigme à résoudre à savoir quand exactement le Général avait acheté cette ferme de l’Oued Bellah, située à six kilomètres de Cherchell sur la route de Zurich. Là encore, les lettres du Général Brincourt nous apportent la réponse en page 427, la toute dernière page.
« Vous savez sans doute par les journaux que ma ferme à Cherchell a été brûlée et détruite par les Béni-Menasser ( 1 ) . Mon garde principal d’artillerie en retraite qui la gérait est resté , jusqu’à la fin, solide au poste . Avec trente hommes auxquels sa femme passait des paquets de cartouches , il s’est défendu , pendant huit heures , contre un millier d’Arabes , dans le bâtiment des cuves , qui , étant élevé sur les caves et surmonté d’une terrasse voûtée , s’élevait comme une forteresse au milieu des écuries , étables et autres dépendances . Je perds là plus de 200 000 francs , le fruit de onze années de travaux et de patience et surtout et encore mes illusions ! Je compte aller cet hiver en Algérie , pour aller voir des ruines ».

La ferme de l’Oued Bellah achetée vers 1860 par le Général Brincourt. Collection personnelle de Georges Brincourt.
(1) Le général Brincourt avait soumis à l’empereur , à la suite de ses missions en Suède , un projet de colonisation militaire en Algérie . Avec la permission de l’Empereur , il avait tenté cet essai , à ses frais , dans une entreprise agricole , à l’Oued – Bellah , près de Cherchell . Au moment de l’insurrection , cette entreprise , qui était pour lui le fruit de onze années de patience et d’économie , fut complètement brûlée et détruite par les Béni – Menasser . Cette propriété a pu être restaurée . Elle appartient , aujourd’hui , à Alexandre Brincourt , fils du général (texte de 1923).
(2) Lettres du Général Brincourt ( 1823-1909 ), publiées par son fils le Commandant Charles Brincourt, librairie Plon, Paris.

Porträtt av general Augustin Henri Brincourt Akvarell av Fritz von Dardel. Nordiska museet (Portrait du Général Augustin Henri Brincourt, aquarelle de Fritz von Darkel. Musée Nordiska Stockholm.
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