Marengo, le 31 juillet 1883 à l’occasion de la remise des prix des écoles.
« Nous avons célébré, il y a quelques jours seulement, notre grande fête nationale, aujourd’hui, une autre fête nous réunit, plus intime, mais grande aussi, car c’est la fête de l’intelligence, c’est la fête de l’instruction publique.
L’instruction publique, c’est-à-dire l’instruction pour tous, alors qu’il y a quelques années seulement, elle était un privilège pour les enfants les plus riches et que les enfants des pauvres étaient fatalement voué à l’ignorance, ignorance qui empêchait toute liberté individuelle, aussi bien dans la vie sociale que dans la vie privée, et qui mettait un homme, pendant toute existence, à la merci des favorisés de la fortune. La république a pour devise ces trois grands mots qu’il ne faut jamais oublier : Liberté, Egalité, Fraternité.
Avec l’ignorance il n’y a pas de liberté car l’ignorant est à la merci des préjugés qu’il ne peut pas discerner de la vérité, il croit ce que les autres lui disent, ne pouvant rien contrôler, rien vérifier par lui-même, – il ne s’appartient pas.
Avec l’ignorance il n’y a pas d’égalité, la seule voie, celle qui procède de l’intelligence, quelque soit l’habit dont elle est revêtue, celle qui, en même temps que la connaissance des droits de chacun, donne aussi à chacun ce sentiment de ses devoirs envers ses semblables.
Enfin avec l’ignorance, il n’y a pas de fraternité possible, la raison du plus fort domine, l’humanité disparait devant les instincts grossiers et égoïstes. C’est pour cela que la république, avant toute autre réforme, a décrété que tous ses enfants auraient part à l’instruction et pour que ce ne soit pas un vain mot, elle a décrété en même temps que cette instruction serait obligatoire, c’est-à-dire que nul ne pourrait s’y soustraire et que les parents ignorants eux-mêmes ne pourraient pas, par leur faute, condamner leurs enfants à la même ignorance; et la loi est juste, car suivant les lois de la nature, les enfants survivent à leurs parents, et ils ne sauraient être les victimes des mêmes fautes. »

Publié dans le journal « Le Petit Colon Algérien » en date du 31 juillet 1883.
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