Le fête communale de Marengo

Le journal « la Démocratie » (Echo des centres de la Metidja) publie le 6 septembre 1885 un article intéressant relatant la fête de Marengo qui venait d’avoir lieu.

« Nous devions rendre compte, dans notre numéro du dimanche 13 (remplacé par celui d’aujourd’hui), des fêtes de Marengo et de Mouzaïaville, qui se sont données les 6 et 7 courant.
Les renseignements au sujet de la fête de Mouzaïaville, qui a été d’ailleurs très animée, n’étant pas assez complets, nous avons dû borner notre compte rendu. Nous insérons toutefois le compte rendu des fêtes de Marengo, que nous devons à l’obligeance d’un de nos correspondants, à qui nous adressons nos remerciements, ainsi que ceux des habitants de Marengo, dont nous croyons être l’interprète.

Dimanche et lundi passés, la petite ville de Marengo était en liesse. On célébrait la fête locale de ce nid de verdure, caché sous de magnifiques platanes, dont l’épais ombrage est bien de nature à faire oublier au touriste non seulement la route longue et poudreuse qu’il vient de parcourir d’El-Affroun à Marengo, mais encore les rudes cahots de la voiture qui en fait le service.

La fête était splendide et, quoique douze jeunes gens seulement fussent chargés de son organisation, nous devons déclarer qu’elle n’a rien laissé à désirer. Aussi adressons-nous tout d’abord nos plus sincères félicitations à ces douze commissaires dévoués qui, sous la présidence de M. Baldy (1), ont su, par leur activité et leur abnégation, donner à cette fête un éclat inattendu.
Grâce à leur habileté, les divers jeux qu’annonçait l’affiche ont été on ne peut plus amusants et se sont succédé pendant ces deux jours, dans de continuels éclats de rire. Les courses et la fantasia indigène (2) ont été très brillantes : en voyant ces cavaliers hardis, emportés par leurs légères montures aux jarrets d’acier, nous en arrivions à croire, pendant un instant, être transportés à ces temps éloignés où l’on pouvait encore admirer de véritables fantasias à l’hippodrome d’Alger.
La cible, criblée de balles, témoignait de l’adresse des nombreux tireurs qui, tous animés d’une louable ardeur, se sont chaudement disputé les trois magnifiques prix offerts aux plus habiles.

Une fantasia, Algérie XIXe siècle

Mais « the great attraction » — comme disent nos voisins les Anglais — était le bal. À neuf heures, après une superbe retraite aux flambeaux, où une foule rivalisait de zèle en alternant avec la musique française, l’orchestre, très habilement dirigé par M. Millier, dont la réputation de musicien n’est plus à faire, entonna les premiers accords du prélude du bal. Un essaim de charmantes danseuses attendait depuis longtemps ce moment si impatiemment désiré. Aussi avec quel entrain danseurs et danseuses déployèrent-ils tout leur talent chorégraphique !
Le coup d’œil était vraiment féerique sous les mille lumières des ballons que l’éclaireur — un jeune homme de Marengo, dont nous regrettons de ne pas connaître le nom afin de le féliciter — avait su disposer d’une façon ravissante. Après chaque quadrille, des feux de Bengale, fort adroitement dispersés, éclairaient d’une manière fantastique les joyeux couples, qui semblaient tourbillonner au milieu des flammes multicolores.

Le lendemain lundi, on continua la fête ; le bal recommença le soir avec le même entrain, et l’on ne se sépara que fort avant dans la nuit, en se promettant de revenir l’année prochaine.

(1) il s’agit fort probablement de Victor Blaise Baldy, né en 1862 donc 23 ans lors de bal. Le 16 août 1887 avec son épouse Marie Louise Frech, ils auront une petite fille prénommée Augustine Honorine qui naitra à Marengo.

(2) La fantasia est une tradition équestre pratiquée essentiellement au Maghreb — incluant le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye, se manifestant par la simulation d’assauts militaires. Cet art est notamment appelé « jeu de la poudre » ou « jeu des chevaux », et porte divers noms en fonction des régions, dont tbourida au Maroc.

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