La « Belle Jardinière » à Cherchell

En mai 1886, plusieurs annonces publiées dans le journal « Le Réveil de Cherchell » informent les lecteurs de l’ouverture d’une « grande » succursale du magasin parisien « La Belle Jardinière ». L’adresse indiquée est peu surprenante à Cherchell, la Rue de Ténès étant la principale artère commerciale. Les belles dames de la Mitidja allaient pouvoir s’habiller comme à Paris et les hommes se faire tailler des costumes sur mesure. Le directeur du magasin, un certain M. Abou (1), s’adjoint les services d’un tailleur Italien, M. Alliti (2) , ex-coupeur de la première maison de Florence afin de donner aux vêtements de prêt-à-porter le fini et l’élégance des vêtements de tailleurs.

Dans les années 1860, les grands magasins « La Belle Jardinière » commencent à être concurrencés par nombre de nouvelles enseignes. En 1865, Le « Printemps » s’installe rive droite, puis c’est « Le Bon Marché » qui prend ses quartiers rive gauche. En 1870, « La Samaritaine » vient concurrencer directement « La Belle Jardinière » en s’installant juste à côté, à la pointe du Pont Neuf. Mais contrairement aux autres grands magasins qui se diversifient et proposent des lieux dans lesquels « on trouve tout », La Belle Jardinière campe sur son idée de ne vendre que des vêtements à prix bon marché. Plusieurs franchises naîtront un peu partout en France et on recense plus de 190 points de vente franchisés en 1840 et 322 en 1860.

Né en 1824, le magasin de La Belle Jardinière est non seulement l’un des plus vieux grands magasins de Paris (Le Bon Marché, considéré comme le plus vieux toujours existant n’est né qu’en 1852), mais également l’un des plus emblématiques du centre de la capitale. En plein cœur de Paris, au milieu des ruelles animées de l’île de la Cité, s’est écrite l’histoire d’une entreprise qui a marqué à jamais l’univers du commerce français. Tout commence en 1824, lorsque Pierre Parissot, un marchand de tissus avisé, décide d’ouvrir un magasin proposant une idée audacieuse pour l’époque : des vêtements déjà confectionnés, vendus à un prix abordable et fixe. Ce concept, simple en apparence, va bouleverser les habitudes des Parisiens et poser les bases de ce que l’on appelle aujourd’hui le prêt-à-porter. A une époque où la couture sur mesure reste réservée à une élite, La Belle Jardinière démocratise l’accès à des vêtements de qualité et le succès est immédiat. En quelques années, l’enseigne se multiplie, passant de quelques boutiques à plusieurs centaines de points de vente à travers la France. Les écoles, les administrations, et même l’armée se fournissent chez elle, notamment pendant la Première Guerre mondiale, où elle équipe les officiers en campagne.

Malgré les transformations de la société, il conserve son identité jusqu’à sa fermeture en 1972, après près de 150 ans d’existence. Aujourd’hui, même si les portes de La Belle Jardinière sont fermées depuis longtemps, son héritage perdure. Elle reste un exemple marquant de l’ingéniosité commerciale et de la capacité à s’adapter aux besoins d’une société en pleine mutation.

(1) Retrouver un commerçant dénommé Abou et plutôt spécialisé dans la confection relèvait de la gageure. Mais un seul E.Abou apparait dans les listes d’actes civils publiés par l’ANOM. Il pourrait s’agir d’Eliaou Abou, né le 17 octobre 1852 à Alger et décédé le 12 avril 1905 à l’âge de 52 ans. Une indication publiée sur internet précise qu’il était commerçant et habitait Cherchell avant son mariage. Eliaou Abou est inhumé au Cimetière Juif de Saint-Eugène.

(2) aucune trace trouvée en Algérie pour l’instant …

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