Le canton de Marengo en 1855

En décembre 1854, Marengo devient une commune de plein exercice. Toujours sous administration militaire, elle le restera jusqu’en septembre 1870, elle aura à sa tête un commissaire civil en charge non seulement du rôle de maire mais également de la charge de Juge de Paix. Ces deux fonctions seront, pour Marengo, séparées en septembre 1870.

Ce plan a été établi en décembre 1854 et signé du directeur des affaires de l’Algérie au ministère de la Guerre, le Général Eugène Daumas. Cette brève est surtout l’occasion pour moi d’évoquer un des grands noms de l’Algérie et qui comme le Général Yusuf avait une vision qui différait de celle de ses pairs et qui était devenu ami de l’Emir Abd el Kader.

Carte du canton de Marengo en 1855 signée Eugène Daumas

Plan du Canton de Marengo en 1855 dressé sous la responsabilité du Général Daumas. Source ANOM.

Le général Eugène Daumas cdv Disdéri Paris

Le Général Eugène Daumas (1803-1871), devenu ami de l’Emir Abd el Kader est une figure clé de la conquête de l’Algérie, à la fois militaire et grand diffuseur d’un savoir « pré‑ethnographique » sur les sociétés arabes. Envoyé dans l’armée en 1822 après des études de médecine interrompues, il rejoint les chasseurs d’Afrique en Algérie en 1835. Déjà arabisant, il devient en 1837 consul français auprès d’Abd el‑Kader à Mascara, où il affine son observation des mœurs arabes. De retour au service actif, il participe à la mise en place des « bureaux arabes », système d’administration indirecte fondé sur des enquêtes approfondies et l’appui de supplétifs indigènes. Il publie alors de grandes synthèses sur le Sahara, la Kabylie et le désert, qui deviennent des références officielles. Proche de Bugeaud, dont il épouse une cousine, il est chargé en 1848 de négocier avec Abd el‑Kader, prisonnier à Toulon, et reste auprès de lui jusqu’à son transfert à Pau. Fixé à Paris, il dirige à partir de 1850 le service de l’Algérie au ministère de la Guerre, puis devient conseiller d’État et sénateur sous le Second Empire. Auteur prolifique, il publie chez des éditeurs dynamiques (Chaix, Michel Lévy, Hachette) de nombreux ouvrages sur l’Algérie, dont Mœurs et coutumes de l’Algérie (1853), destinés à un large public et largement diffusés grâce au soutien de l’État. Ses textes, conçus à partir d’enquêtes de terrain et de « bibliothèques humaines », intègrent abondamment l’expression arabe pour vulgariser la langue parlée. Son livre Les Chevaux du Sahara (1851), enrichi de propos d’Abd el‑Kader, connaît de multiples rééditions.

Malgré un colonialisme assumé, Daumas cherche une forme de colonisation plus respectueuse des sociétés locales, en associant pouvoir militaire et aristocraties tribales, en lien avec Ismaÿl Urbain. Il plaide pour la libération d’Abd el‑Kader et soutient un temps le projet de « royaume arabe » de Napoléon III. Sa démarche, mêlant observation minutieuse et collaboration avec des interlocuteurs arabes, explique le succès durable et les rééditions contemporaines de ses écrits. Sa famille, à l’origine établie à Bandol, s’était installée en Bourgogne au XVIIIᵉ siècle pour fuir la peste de 1720.

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