Saviez-vous que le premier barrage d’Algérie fut construit en 1854 à proximité de Marengo par le Capitaine de Malglaive ? Et qu’il fut consolidé par le Commandant Denfert-Rochereau quelques années plus tard ?

Dès les premiers jours de la création de Marengo, le principal défis à relever fut, pour le Capitaine de Malglaive, l’alimentation en eau. Et c’est pour cette raison que l’emplacement primitif avait été choisi, à côté de l’Oued Meurad. Il fut décidé de capter et d’aménager une source qui filtrait dans les berges de droite de l’Oued Meurad à quelques centaines de mètres en aval du pont de la route de Cherchell (qui n’existait pas à l’époque) et on y construisit un abreuvoir en pierres. (1)
Ce sera la première eau qui servira aux besoins des familles et qui sera porté par des baquets sur les chantiers de maçonnerie. On creusa aussi des puits, notamment au centre de la place mais la nappe était profonde, 15 à 20 mètres et le débit peu abondant. D’une manière générale l’eau manquait pour l’alimentation des animaux et pour les travaux. Malglaive fit ouvrir donc une conduite partant de la rive droite de l’Oued Meurad, à la limite du territoire de Meurad et amènera les eaux de la rivière à Marengo. Là des bassins d’épuration laissaient déposer les grosses impuretés puis les distribuaient dans les rues. On avait donc de l’eau pendant une bonne partie de l’année sauf de la fin de l’été jusqu’aux pluies d’hiver. Pendant l’hiver tombait une masse d’eau importante mais qui dévalait jusqu’à la mer sans pouvoir se rendre utile. De Malglaive avait compris que l’eau d’irrigation était indispensable pour les cultures potagères, les arbres fruitiers, les pépinières et autres cultures envisagées. Sans le secours de l’irrigation, les plantes qui n’étaient pas strictement méditerranéennes périssaient facilement au contraire de la vigne, de l’olivier, de l’amandier ou encore du caroubier. Lorsque les pluies de printemps étaient normales et les réserves du sol ainsi assurées, les céréales pouvaient résister jusqu’à la moisson, qui a lieu tôt dans l’année en Algérie. Mais dans le cas contraire, la récolte devenait ridiculement faible. Les pluies étaient en effet très irrégulières dans cette région. Pour les trois mois de février, mars et avril il plut à Alger 445 mm en 1848, 213 en 1849 et seulement 35mm en 1850. Il fallait donc trouver vite un moyen de constituer une réserve d’eau pour les cultures.
De là vint la première idée du barrage de Marengo. A cette époque et tout particulièrement en Algérie les usines de production n’existaient pas, les transports étaient trop couteux et de toutes façons les routes n’existaient pas encore… N’était disponible comme matière première que la chaux et les pierres ou galets de calcaire qui tapissaient le fond de l’Oued. Malglaive devait donc s’en tenir à un ouvrage nécessitant le minimum de maçonnerie et l’emploi d’outil ou matériaux disponibles sur place. Il décida donc de réaliser l’ouvrage en terre. Afin de convaincre sa hiérarchie, de Malglaive fit réaliser une maquette sur la quelle des essais furent réalisés en présence du Général en charge du génie à Alger.

Mais l’ouvrage n’ayant pas été prévu dans le budget alloué à la commune, de Malglaive offrit au gouverneur d’avancer les fonds et mis à disposition la dot de son épouse, disponible depuis la mort récente de celle-ci. Cette avance fut acceptée et remboursée dans l’année sur le budget de la commune. La digue du barrage n’avait que 20 mètres de hauteur (au lieu des 45 m initialement prévus) et 15 mètres de retenue d’eau. Le barrage avait la capacité de un million de mètres cubes et fonctionna dès 1854 pour servir à la fois aux cultures maraîchères, à diverses industries et bien sur aux besoins domestiques.

Le revêtement en maçonnerie du talus intérieur de la digue fut exécuté quelques années plus tard en 1863 par le capitaine Denfert-Rochereau (2), le futur défenseur de Belfort. Il avait pour but d’empêcher que le clapotis de l’eau, sous l’action des grands vents, ne fasse ébouler la terre de la digue et n’amène l’ouverture d’une brèche par laquelle l’eau passerait en amenant la rupture de l’ouvrage.
Ce barrage, construit en 1854, est toujours en fonctionnement …

(1) Cet abreuvoir a été détruit en 1927.
(2) Aristide Denfert-Rochereau, né le 11 janvier 1823 à Saint-Maixent-l’École et mort le 11 mai 1878 à Versailles, est un officier supérieur et député français. Il est célèbre pour avoir dirigé la défense de Belfort durant la guerre franco-allemande de 1870, ce qui lui a valu le surnom de « Lion de Belfort ». En 1847, il est affecté au 2e régiment du génie avec le grade de lieutenant. Il se distingue lors de « l’expédition de Rome » de 1849 et participe ensuite à la guerre de Crimée en 1855, puis est en poste en Algérie de 1860 à 1864.
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