La création du commissariat de Marengo

Carte postale fin XIXe, la gendarmerie de Marengo. Collection personnelle de l’auteur.

Au milieu des années 1880, Marengo n’est plus le village balbutiant de 1848. C’est un centre agricole prospère, riche de ses vignobles et de son dynamisme. Pourtant, cette prospérité est entravée par une ombre persistante : une vague de criminalité et de vols qui empoisonne la vie des colons et des habitants. Entre 1881 et 1886, le village semble vivre dans un état de stress permanent, où l’autorité semble impuissante.

Une insécurité qui ne recule devant rien

À lire la presse de l’époque, le sentiment qui domine est celui d’une vulnérabilité totale. Une lettre ouverte publiée le 30 octobre 1881 donne le ton : « Dans notre commune de Marengo, nous avons des vols à chaque instant ».

30 octobre 1881, article publié dans le Petit Colon Algérien.

Les cibles sont indiscriminées, prouvant que les malfaiteurs n’ont peur de rien. Parmi les faits les plus marquants, le Cadi lui-même — ce magistrat musulman respecté — est dépouillé de 200 francs ainsi que de ses registres officiels. Le vol ne s’arrête pas aux notables : la veuve Perez, cuisinière, voit ses 700 francs d’économies disparaître d’une malle fracturée, un drame pour ses conditions de vie modestes.

La hardiesse des malfaiteurs était telle qu’ils ne craignaient plus personne. Même lorsque le député Mauguin, l’une des personnalités les plus influentes de la région, était de passage dans la localité, les vols continuaient sans relâche, prouvant que les criminels ne se souciaient plus de la présence des autorités.

Le climat est tel qu’on en vient aux mains pour des futilités : en août 1883, un voisin abat le chien de son voisin d’un coup de pistolet. La violence s’exporte parfois hors des limites du village : en avril 1886, un grave assassinat est commis à Alger, rue Katarouggil. L’affaire fait grand bruit car les deux coupables sont des frères espagnols qui travaillent comme charbonniers aux environs de Marengo. Ce fait divers, bien que survenu à Alger, montre bien que les activités liées à Marengo attiraient des populations parfois instables, rendant la surveillance plus complexe.

L’impasse de la gendarmerie

Face à cette multiplication des délits, les habitants ne décolèrent pas contre la gendarmerie. Dans la presse, les critiques fusent : les gendarmes sont jugés « insuffisants », occupant le plus clair de leur temps à de simples « promenades » au lieu de sécuriser les rues. On s’indigne même que la police locale soit, dans les faits, exercée par un simple garde-champêtre ou un chaouch de mairie, totalement dépassé par la situation.

1885 : La victoire de la sécurité

La pression des habitants finit par porter ses fruits. Face à l’évidence, l’État se doit d’agir : le 20 juillet 1885, un arrêté gouvernemental entérine la création d’un commissariat de police à Marengo, avec la nomination de M. Bascans à sa tête.

Dès octobre 1886, le changement est salué par le Réveil de Cherchel : « Nous sommes heureux de constater que depuis l’installation du Commissariat de Police, la propreté règne un peu plus dans le village ».

Si tout n’est pas réglé comme par magie — comme le prouve encore la traque d’un marin ayant volé 400 francs à Cherchell avant de tenter de se cacher à Marengo — le village a désormais l’outil institutionnel pour répondre à la délinquance. La création du commissariat marque une étape majeure : Marengo a tourné la page du « Far West » de la Mitidja pour entrer dans l’ère de la ville organisée.

Cette chronique est établie à partir des archives de la presse locale (La Dépêche Algérienne, Le Réveil de Cherchel et Le Petit Colon Algérien), témoins de la vie quotidienne à Marengo à la fin du XIXe siècle.

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