Certes, la question de la construction de la première route carrossée entre Marengo et Bourkika, situé à 7 km en direction d’El Affroun, était une question de première importance pour la petite colonie. Les diligences, mises en place dès 1850 entre Blida et Cherchell et passant par El Affroun, Ameur el Aïn, Bourkika, Marengo et Zurich, devaient emprunter des chemins poussiéreux et parfois dangereux. La traversée des oued se faisait à gué et il n’était pas rare de retrouver nos diligences embourbées ou esquintées par le parcours compliqué. Mais c’est aussi le personnage du conseiller rapporteur en charge de la question qui m’interpella. Ce conseiller Zaepffel avait-il un quelconque lien de parenté avec Mathilde Zaepffel, 2e épouse de Michel Eugène Beauvais ? On sait certes que les Zaepffel étaient nombreux en Alsace et même si j’ai réussi à trouver le lien de parenté entre Alphonse et Mathilde Zaepffel, celui-ci parait un peu lointain pour expliquer ainsi une des raisons qui a fait se rencontrer mes deux arrière-arrières grand-parents maternels. Mais la chose est possible.
Alphonse Etienne Zaepffel était né le 20 avril 1809 à Sarrebruck en Allemagne et décédé le 11 juillet 1888 à Colmar en Alsace alors annexée. Neveu du Baron d’Empire François Louis Zaepffel, neveu par alliance d’Henri Jacques Guillaume Clarke, duc de Feltre (1765-1818), secrétaire de Napoléon Ier et ministre de la guerre en 1807, il était également petit-neveu de Jean Evangéliste Zaepffel (1735-1808), l’évêque de Liège en 1802.

Haut fonctionnaire, Alphonse Zaepffel consacra une grande partie de sa carrière à l’Algérie. Employé en 1835 dans l’intendance civile d’Alger, puis chef de bureau à Bône en 1843, secrétaire général de la direction de l’intérieur en 1846, chef de bureau à Oran en 1847. Sous-préfet de Mostaganem en août 1849, de Philippeville le 9 décembre 1849 et de Bône le 12 août 1850, il devint Conseiller rapporteur et membre du conseil de gouvernement de l’Algérie le 31 octobre 1851, secrétaire général du gouvernement de l’Algérie le 7 mars 1853 et enfin préfet de Constantine le 1er novembre 1853. A son retour en France il sera nommé directeur des affaires civiles de l’Algérie à Paris le 29 juillet 1858, directeur de l’intérieur au ministère de l’Algérie et des colonies le 22 décembre 1858, travaillant directement sous la responsabilité du ministre de l’époque, le célèbre « Plon plon » comme on appelait alors le cousin germain de Napoléon III, Napoléon Joseph Charles Paul Bonaparte (1822-1891) fils cadet de Jérôme Bonaparte. Zaepffel finira sa carrière en tant que directeur liquidateur des dépenses algériennes à partir du 22 décembre 1860 puis directeur des Colonies au ministère de la Marine et des colonies le 26 avril 1862 et Conseiller maître le 15 mai 1872.
En 1852, c’est lui que le Maréchal Randon, alors Gouverneur Général de l’Algérie, charge de se pencher sur la voirie nécessaire pour relier les villages nouvellement créés.

Note de rapport – Projet de route entre Boukhika et Marengo
Séance du 12 juillet 1852 – Dossier n° 259
Rapporteur: M. Zaepffel, conseiller rapporteur expresse ce qui suit :
Le rapporteur soumet au Conseil le projet d’ouverture et de mise en place de l’empierrement de la route reliant Boukhika à Marengo, sur une longueur d’environ 6 000 mètres, d’après l’auteur du projet la route aurait 10 mètres de largeur et une chaussée de 6 mètres. Elle couterait 104 000 francs. Deux directions ont été proposées. Elles passent l’une par le point L et une par le point M. La 2e est de 200 mètres plus courte que la 1ere et doit être préférée, c’est l’avis du directeur des fortifications et du commandant supérieur du génie. Le terrassements ont été réduits partout ou on l’a pu sans augmenter fortement la pente de la route. L’on a ramené la largeur de la route à 8 mètres et celle de la chaussée à 3m50, des modifications ont aussi été introduites dans la construction des ponceaux. Ces modifications permettront de réaliser une économie de 28 000 francs.
Il indique plus loin : « Le pont sur la Bourkika donne lieu à quelques observations. Le lit de ce torrent est assis sur un sol en dos d’âne qui a a été successivement relevé pendant les crues, les eaux déboulent aux environs du village et vont gagner à droite le lac Alloula, à gauche elles rejoignent plus bas le lit de la rivière. Si l’on ne s’oppose pas à ces débordements, elles dégraderont chaque hiver la route, au point de rendre la circulation impossible ». Il recommande alors de d’approfondir le lit de la rivière en lui créant une pente afin de « prévenir les atterrissements » et proposer de réaliser un fossé de 400 m de long, sur 4 mètres de large et 1 mètre de hauteur, qui serait creusé dans la Bourkika en amont et en aval du pont dans la direction du la Alloula (sic) . « La pente de ce canal serait de 0,002 par mètre et par conséquent suffisamment forte pour donner aux eaux une vitesse qui déterminerait l’abaissement du lit du torrent. Le Capitaine Malglaive auteur du projet pense aussi que les atterrissements choisis vers le lac finiraient par combler celui-ci surtout si l’on appliquait le même système à la rectification de l’Oued Djer. Comme la dépense de ce fossé ne s’élèvera pas au-delà de 1000 francs, la commission des routes et pont pense qu’il y avait leur de l’autoriser, ne fut-ce qu’à titre d’essai. Le rapporteur a vu dans les travaux du canal de la Mehoudja à Bône, expérimenter avec soin un procédé semblable et il ne doute pas qu’au moins en ce qui concerne l’abaissement du lot de la Bourkika, l’ouverture du fossé projeté ne produise un excellent résultat ».

Extrait de la carte du gouvernement général de l’Algérie éditée en 1899. A noter l’indication de l’emplacement de la ferme Kuhlman, en sortie de Bourkika et sur la route d’Ameur el Aïn. Source BNF Gallica.
© 2025 marengodafrique.fr – Marengo d’Afrique. Tous droits réservés.
Ce site présente des informations et ressources sur Marengo d’Afrique. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation préalable.