La gravure ci-dessous et publiée en 1884 d’après un dessin d’un certain R.P. Ducat, missionnaire de la Compagnie de Jésus m’a intrigué et j’ai voulu en savoir plus… Qui était ce R.P. Ducat, où était cette ferme de la Consolata et dans quel journal a été publiée la gravure ?

Cette gravure a été publiée dans la revue hebdomadaire « Les Missions Catholiques – Bulletin de l’œuvre de la propagation de la foi – tome XVI pour l’année 1884 » mais il ne m’a pas été possible de retrouver le texte original.
L’analyse de la gravure permet d’identifier des bâtiments en bois légers de type “baraques” agricoles, entourés d’une palissade, typiques des fermes-écoles ou fermes d’orphelins mises en place après les famines de 1866–68. A l’arrière‑plan on distingue un bourrelet montagneux relativement proche, ressemblant à la bordure nord de l’Atlas blidéen. la ferme est isolée au milieu des terres et pourrait se situer au nord de l’axe Boufarik–Blida. La probabilité est forte que cette ferme de la “Consolata” ait été une dépendance agricole liée aux œuvres jésuites de Ben‑Aknoun et située en bas de versant, dans la Mitidja, sur l’axe Birkhadem–Draria–Chéraga (bordure ouest/sud-ouest d’Alger).
Henri Ducat est né à Besançon en 1820 dans une honorable famille de négociants. Troisième de neuf enfants il est apprécié dès sa jeunesse pour son amabilité, son esprit de travail, son talent de dessinateur et sa voix harmonieuse. Malgré des débuts dans la banque, une inquiétude intérieure le pousse, conseillé par sa mère, à reprendre des études pour devenir prêtre. Formé à Marnay puis au grand séminaire, il se distingue par piété, mesure et talent, et se dévoue auprès des pauvres et des militaires via la Société de Saint-Vincent de Paul. Ordonné en 1850, il célèbre sa première messe entouré de sa famille, image touchante d’une fraternité sacerdotale qui marquera son destin et celui de son frère Joseph. Vicaire à Champlitte, Henri révèle tact et zèle, mais son attrait pour un don total l’oriente vers la Compagnie de Jésus, admirée et contestée, mais reconnue pour l’éducation, la science et le courage. Au noviciat, il s’éprouve dans l’épidémie de choléra en Franche-Comté, servant les mourants avec intrépidité.
Envoyé en Algérie vers la fin des années 1850, il œuvre à Constantine, comme prêtre chargé des fonctions d’économe dans la maison des Frères jésuites puis en Kabylie, joignant ministère des âmes, étude de l’arabe et apostolat auprès de la jeunesse, convaincu que l’évangélisation fonde une vraie assimilation. Épuisé, il passe par Saint-Étienne puis repart en mission, soutenant l’administration grâce à sa maîtrise de la langue et son sens pratique. Lors des calamités en Algérie (tremblements de terre, sauterelles, famines), il devient, à l’appel de Mgr Lavigerie, le père des orphelins de Ben-Aknoun; la générosité de France, et particulièrement de Franche-Comté, afflue pour soutenir l’œuvre. Pendant la guerre de 1870, il sert à l’ambulance de Saint-Ferréol à Besançon, prodiguant soins et paroles de réconfort, notamment aux tirailleurs algériens. Nommé procureur des missions d’Algérie et de Syrie, il voyage au Liban et en Terre sainte, où il célèbre sur les lieux les plus sacrés, puis passe à Rome avant de revenir brièvement saluer les siens.
Chassés de Ben-Aknoun fin septembre 1881, les jésuites doivent quitter leur œuvre; Henri, miné par la fatigue, se retire à Alger. Il se rend une dernière fois à Notre-Dame d’Afrique, contemplant la ville et la mer, le cœur tourné vers sa patrie et sa famille. Il meurt le 14 septembre 1885, entouré d’un ami qui lui égrène les noms aimés. Ses funérailles rassemblent prélats, religieux, frères enseignants et enfants. Inhumé au Frais-Vallon, il repose face à Alger, à la mer, à la France, sous le ciel des âmes dévouées. La figure de son frère Joseph, mort en mission au Siam, vient symboliquement l’accueillir dans l’espérance.
D’après « l’Allocution prononcée au service funèbre fait en l’église de Saint-Pierre pour le R. P. Henri Ducat, de la Compagnie de Jésus, missionnaire en Algérie / par M. H. Rigny. Source Gallica BNF.
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