Le docteur Augustin Garny ne fut pas seulement un homme de science, il fut l’un des bâtisseurs de Marengo. Médecin de la colonisation, conseiller général, adjoint au maire de Blida, son parcours se confond avec les premières décennies de l’histoire moderne de la région. Homme d’action, souvent en première ligne des grands enjeux sanitaires et territoriaux, il laisse derrière lui le souvenir d’un notable intègre, animé par un profond sens du service public.

Un médecin au chevet de la colonisation
Né le 9 janvier 1827 à Bourguignon-les-Morey, en Haute-Marne, Augustin Garny arrive en Algérie avec une vocation chevillée au corps : celle de soigner. C’est le 28 août 1854 qu’il est officiellement nommé médecin de la colonisation à Marengo, une fonction qu’il occupera jusqu’en 1876.
À cette époque, ce titre n’est pas honorifique. C’est un poste de combat. Responsable de la santé d’un des nouveaux centres de peuplement, il se retrouve en première ligne face aux fléaux qui menacent la viabilité de la région. Lors de la terrible épidémie de choléra de 1866, le Docteur Garny se distingue par son courage et son dévouement inlassable. Il n’est pas seulement le médecin des colons, il est aussi celui des prisons et des chemins de fer, tissant des liens étroits avec la population locale. Son engagement, riche de 29 années de services, lui vaudra plus tard la Légion d’honneur (1884) et la Médaille Coloniale (1895).
L’élu : un visionnaire pragmatique
Homme de terrain, le Docteur Garny ne se contente pas de prescrire des remèdes ; il veut guérir la région de ses maux structurels. Devenu Conseiller Général du canton de Marengo, il embrasse les grandes causes de son temps :

- Le défi de l’eau et de la santé : Son combat pour l’assèchement du lac Halloula est emblématique. Persuadé que les épidémies de paludisme, qui déciment le village de Montebello, trouvent leur origine dans les eaux stagnantes du lac, il milite pour sa mise en valeur. Si ce projet lui vaut des polémiques, ses adversaires pointant ses propriétés foncières au sud du lac, il impose sa vision de la modernisation agricole et sanitaire.
- L’ouverture sur le monde : En 1887, il prend la défense du patrimoine local, plaidant avec vigueur pour la création d’une route permettant de désenclaver le Tombeau de la Chrétienne. Pour le Docteur Garny, ce monument n’est pas qu’une ruine, c’est un atout que Marengo doit savoir valoriser pour attirer les voyageurs.
L’homme d’indépendance
La trajectoire politique d’Augustin Garny est marquée par un trait de caractère rare : l’indépendance d’esprit. Issu de la majorité « mauguiniste » au Conseil Général, il s’en détache au fil des ans, préférant sa conscience aux disciplines de parti.
La presse de l’époque, notamment Le Petit Colon, souligne cette droiture : il a refusé d’approuver des mesures qu’il jugeait contraires à l’intérêt général. Cette probité, alliée à une nature « bienveillante et serviable », lui vaut l’estime sincère des habitants, bien au-delà des clivages politiques. Veuf de Laurence Françoise Cholley depuis 1893, il s’éteint à Blida le 24 mars 1896, laissant le souvenir d’un homme qui, selon ses propres mots, refusait de plier ses convictions pour ne « froisser aucune susceptibilité ».

Héritage
Aujourd’hui, redécouvrir le Docteur Garny, c’est plonger au cœur des défis de Marengo au XIXe siècle. Il incarne cette génération de pionniers qui, avec leurs forces et leurs contradictions, ont transformé une terre hostile en un espace de vie, de santé et de progrès.
Cette biographie a été établie à partir des archives d’époque (Annuaire militaire de 1856), des rapports du Conseil Général et des notices nécrologiques du « Petit Colon ».
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