Un couple de colons par Adolphe Clavier

Pourquoi présenter dans cette brève une photographie de colons anonymes ? Cette photographie, datant probablement des années 1863-1865, prise par Adolphe Clavier qui était installé au 8 rue Bab Azoun à Alger. Qui étaient-ils ? D’où venaient-ils et dans quel village étaient-ils installés ? Le mystère restera car la photo ne contient aucun indice à part le nom du photographe. Un personnage étonnant que ce Adolphe Clavier qui inventa un nouveau procédé en Algérie et viendra le défendre à Paris à la Société Française de Photographie…

A la lecture de sa biographie (voir plus bas) , on trouve que finalement il n’est pas étonnant que ce couple qui dégage malgré les difficultés endurées une certaine sérénité, se soit rendu chez Clavier plutôt qu’un autre. Ou bien, peut-être qu’Adolphe est-il sorti dans la rue et les a choisis ? Le fait est qu’ils incarnent très bien nos ancêtres, pionniers de Marengo … et d’ailleurs.

CDV du photographe A.Clavier , « un couple de colons anonymes ». Vers 1863. Collection personnelle de l’auteur.

Biographie du photographe Adolphe Clavier d’après Michel Megnin, spécialiste des débuts de la photographie au Maghreb :

Né à Saint-Tropez le 27 septembre 1821, Adolphe Clavier publie sa première publicité à Alger le 20 janvier 1863, soit à l’âge de 41 ans. Le Bottin de 1862 ne mentionnait pas sa présence dans la ville. Alors que sa mère, veuve à deux reprises, est déjà à Alger en 1851, Clavier a déjà fait une première carrière à Moscou, ce dont témoigne le nom de son studio : « Photographie Moscovite », mais aussi une publicité parue dans Le Courrier de l’Algérie où il annonce vendre des « vues des monuments de Moscou et de St Petersbourg, types ruses » (janvier 1863). Son adresse est au 8, rue Bab Azoun où, au rez-de-chaussée, se trouve la librairie et imprimerie lithographique de la Veuve Philippe et fils. A cette adresse, il co-signe un moment avec Richan dont il rayera ensuite le nom sur les étiquettes collées. En 1865 le peintre et écrivain Charles Desprez le cite (avec Richan) dans le journal Akhbar parmi les principaux photographes d’Alger. Cette même année 1865, deux des photographies de Clavier sont reproduites en gravure dans L’Illustration : le départ de Napoléon d’Alger et le portrait du fameux chasseur de lions et de panthères, Charles Bombonnel (dont il existe au moins deux versions). Un exemplaire de ce portrait en CDV appartenait à la collection Disdéri, aujourd’hui au Musée d’Orsay, sous le nom de « soldat moscovite ». (l’exemplaire présenté ici fait partie de la collection personnelle de l’auteur).

En 1874, Clavier envoie une lettre à la SFP sur un procédé permettant de raccourcir les temps de pose pour les vues extérieures avec des plaques au collodion sec. Peu après, laissant son studio d’Alger à Mouthier, Chave puis Famin, il s’installe à Sétif jusqu’à sa mort en 1894. Entre-temps, vers 1884, il avait ouvert une succursale boulevard de la Croisette à Cannes, sans doute lors de quelques saisons estivales. Un peu sur le modèle de Portier, Clavier a publié des planches « Algérie Pittoresque » et revendique plusieurs distinctions : Membre de l’Académie Nationale, médailles à Paris (1874), Alger puis Constantine (1884). De nombreux types algériens sont campés sur fond neutre et tapis de nattes, mais Clavier excelle dans des portraits en extérieur où il recentre parfois le cadrage.

« Clavier est l’un des premiers professionnels installés à Alger sans que l’on sache exactement quand il a commencé à travailler à son compte rue Bab Azoun. Un temps, il y sera associé à Richan. Curieusement, Clavier avait placé son atelier à l’enseigne « Photographie Moscovite », ce qui dans la Kasbah, a dû en intriguer plus d’un. En 1873, Clavier est actif à Alger quand il soumet à la Société française de photographie une formule de collodion sec qui sera examinée à la séance du 9 janvier 1874. Cette formule lui permet « d’obtenir des vues de monuments bien éclairés, en vingt ou trente secondes, des paysages où la verdure domine en quarante à soixante-dix secondes, et enfin des intérieurs de maisons mauresques en deux minutes, alors qu’il fallait un quart d’heure avec le procédé au tannin. » Dans cette lettre, il n’est question que de travaux faits en dehors de son atelier. Il le quittait souvent pour photographier dans la rue des Arabes, jeunes et vieux, qui jamais n’auraient eu les moyens de lui commander leur portrait ».

Adolphe Clavier est décédé à Sétif le 11 août 1894.

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