Un tremblement de terre dans la Mitidja

Janvier 1867

Journal « L’Illustration » daté du 19 janvier 1867

Quelques mois après l’invasion de sauterelles, début janvier 1867, c’est un tremblement de terre qui viendra ébranler la jeune colonie. Le terrain devenait de plus en plus propice à une grande insurrection. Le « Courier de l’Algérie », dans son édition du soir rapporta les évènements :

« Le 2 janvier à 7 heures ¼ du matin, la ville d’Alger a ressenti un tremblement de terre d’une violence extrême . La plupart des habitants étaient encore couchés et endormis lorsque les secousses commencèrent à se faire sentir. Les trépidations du sol, qui n’ont pas duré moins de quinze secondes sont venues tout à coup faire succéder au repos les plus terribles angoisses. Les maisons semblaient ivres, les meubles dansaient dans les appartements, les garnitures de cheminées et d’étagères étaient renversées et se brisaient en mille morceaux ; quelques plafonds s’effondraient et tout cela au milieu d’un bruit semblable à celui que produiraient mille wagons s’entrechoquant hors de leurs rails. En un instant les rues furent pleines de gens qui avaient fui leur demeure. Hommes, femmes, enfants nus ou à demi vêtus, criant, pleurant, se croyant perdus et invoquant le ciel. Tout compte fait, nous n’avons ici aucun accident bien grave à déplorer. Il faut que les maisons d’Alger soient solides ! »

Pourtant, une grande quantité de maisons étaient lézardées et plusieurs menaçaient de tomber en ruine. Le sous-gouverneur, le Préfet et les principales autorités visitèrent la ville et la police fit inspecter les maisons et pris les mesures propres à garantir la sécurité des habitants. Plusieurs de ces immeubles menaçants furent évacués par ordre ou le plus souvent volontairement. Il ne fut pas relevé d’accidents graves arrivés aux personnes à Alger. Mais la crainte venait de s’emparer de la population, crainte justifiée d’ailleurs par de nouvelles secousses survenues à 9 heures et 25 minutes. Elles n’eurent pas la violence des premières mais ont duré plus longtemps. Le temps était sombre, pluvieux et silencieux. La veille encore, à onze heures du soir, il faisait un magnifique clair de lune ; les promeneurs attardés étaient loin de prévoir la catastrophe qui les attendaient au réveil. Vers minuit, où moment où finissait le spectacle, le ciel commença à se couvrir, c’était tout au plus un indice de pluie, désirée impatiemment du reste, la série trop prolongée des beaux jours passés semblant compromettre la future récolte.

Les premières secousses du tremblement de terre furent ressenties simultanément à Alger et dans l’arrondissement de Blida où elles produiront des effets désastreux et rappelèrent la grande commotion terrestre qui renversa un siècle auparavant, l’ancienne Blida, à côté de laquelle s’élève la ville nouvelle. Blida la neuve et la belle, comptait des maisons ébranlées et un plus grand nombre sont lézardées et endommagées. Aucune personne n’y a perdu la vie. Une seule a été gravement blessée par la chute d’une cheminée.

journal « le Monde Illustré, 26 janvier 1867.

Mais les malheurs furent encore plus considérables à l’ouest du pays. Tous les villages qui rayonnaient autour de la Chiffa furent cruellement éprouvés. Bou-Roumi, El-Affroun, Mouzaïa-ville, ont été entièrement détruits. Des victimes ont été ensevelies sous les décombres, notamment à Mouzaïa-ville et à El-Affroun. Les nouvelles qui parvenaient à Alger étaient contradictoires et personne ne voulait encore croire au désastre.

Journal « L’Illustration » daté du 19 janvier 1867. La rue du Rempart à Mouzaïaville.

Au moment où les premières dépêches furent expédiées, on ne pouvait connaitre exactement le nombre de morts. Il n’y en avait pas eu à Blida et le premier jour, on espérait qu’il en fut de même à Mouzaïa-ville et El-Affroun et on restait aussi sans nouvelles de Marengo et de Cherchell car le fil télégraphique avait été rompu sur la ligne de ces deux localités à Blida. Boufarik avait été éprouvée, mais d’une manière peu sensible, tout comme Médéa. Pourtant à Médéa justement, un petit garçon d’origine Allemande, nommé Victor Acker , onze ans, alors qu’il lassait ses souliers assis avec sa sœur Catherine sur la marche qui joignait la terrasse de leur maison au couloir de l’entrée, les secousses furent si fortes qu’il fut projeté jusqu’à la grille qui bordait la terrasse. Les deux enfants furent blessés sérieusement.

Plus tard, il accompagna un des ouvriers de son père venu porter secours à des habitants en bordure de la ville. A l’heure du déjeuner, alors que l’ouvrier l’avait laissé en plan, le petit Victor ne vit pas l’heure tourner et la faim aidant, se résolut à se présenter à l’auberge et demander à déjeuner. « Mais nous n’avons plus rien à offrir, répondit le patron. Il est bien trop tard ! ». « Vous avez-bien des œufs ? Combien en veux-tu mon petit, fit le patron ». « Quatre s’il vous plait, j’ai fort faim ! ». On lui servit des œufs au plat puis le petit en redemanda quatre autres à la patronne mais il n’y avait plus rien, vraiment plus rien à manger…

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