Dans la nuit du 8 au 9 février 1885, conséquence des fortes pluies qui sont tombées, le grand barrage de Saint-Denis du Sig (1) s’effondre et est emporté par les eaux. On dénombre de grands dégâts dans la ville et de nombreuses victimes. Toutes les terres sont inondées et les récoltes perdues. Dans toute l’Algérie des collectes lancées par diverses collectivités ou journaux afin de prêter secours à la ville et aux sinistrés.


A Marengo on décida d’organiser une cavalcade pour récolter des fonds. Mais qu’appelait-on cavalcade à cette époque ?
Au XIXᵉ siècle en Algérie (notamment dans les villes et villages de l’Algérie coloniale), une cavalcade désignait le plus souvent une parade festive de rue, proche d’un carnaval.
Dans l’usage courant de l’époque, c’était un défilé organisé (souvent lors du carnaval) où l’on voyait des chars, des groupes costumés, de la musique, parfois des “bandes” ou sociétés festives, et où l’on circulait en cortège dans la ville. L’idée centrale n’est pas seulement “des cavaliers” (même si le mot vient de cavalcade au sens équestre), mais plutôt une manifestation populaire faite pour amuser et attirer du monde, avec une dimension de satire ou de mise en scène (costumes, saynètes, caricatures).
Le terme pouvait aussi garder un sens plus littéral de défilé à cheval (notables, militaires, cavaliers) ; mais dans la presse et les programmes de fêtes de l’époque, “cavalcade” renvoie très fréquemment à une animation carnavalesque.
Un autre article daté du 20 mars, nous en apprend un peu plus. Lette manifestation s’était déroulée 12 mars 1885 et on pu compter sur 5 chars dont celui de « Bacchus », un char des enfants « représentant l’avenir de la France » ainsi qu’un char rreprésentant le chemin de fer d’El-Affroun à Marengo (grand sujet de conflit à l’époque !). On apprit au dernier que le char de la musique prévu par la société « l’harmonie de Marengo » se désistait car ne voulant pas jouer debout sur un char… La manifestation permit de récolter 12 francs.

Mais d’autres initiatives privées avaient aussi eu lieu. Au Café Français, une réunion fut organisée pour collecter quelques francs. La soirée fut animée par un certain Achille Maunier, ouvrier maçon qui possédait un vrai talent de chanteur ! Le « Petit Colon Algérien note quelques chansons entonnées par Maunier dont « Le Siège de Paris » et « Le Réveil du Lion » qui ont enthousiasmés l’auditoire …

Peu de temps après, le maire de Saint-Denis-du-Sig, le Docteur Turot (2) publiera un encart dans le journal afin de remercier les généreux donateurs de Marengo.

(1) Saint-Denis du Sig : A leur arrivée au Sig, en mai 1833, les Français constatent la ruine de la région : terres en friches, plaine recouverte de marais insalubres, point de routes, seulement des sentiers étroits serpentant dans les broussailles, une population misérable qui nomadise au gré des pâtures et des points d’eau. Une tribu, celle des Gharrabas, venue du Maroc avec l’armée du sultan, Mulay Ismaël, qui était restée dans le pays après la défaite de ce dernier en 1701 face aux Espagnols, s’opposa à la présence française jusqu’en 1842. Pourtant, dès la signature du traité de la Tafna (30 mai 1837), Bugeaud proposa la création d’un centre de colonisation au Sig. II fallut attendre le décret du 20 juin 1845 pour la concrétiser. Au tout début l’installation des Français en Algérie, le Sig désigné comme gîte d’étape pour engager la lutte contre Abd el Kader et plusieurs combats furent livrés dans la plaine attenante. En particulier, le 26 juin 1835, le combat d’Abd El Kader contre l’armée française à la ferme de la forêt Moulay Ismaï près de la ville du Sig (source : Cercle Algérianiste)
(2) Il s’agit de Henri Quentin Turot, docteur en médecine né en 1829 et maire de Saint-Denis de 1881 à 1899.
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