(6/9) Les bureaux arabes.
Les bureaux arabes étaient des structures administratives mises en place par la France en Algérie après la conquête d’Alger en 1830, et étendues par la suite au Maghreb. Ils représentaient un outil clé du régime militaire colonial, servant d’intermédiaire entre l’autorité française et les populations indigènes (principalement arabes et berbères), dont la langue, la culture et les structures sociales étaient peu connues des Français. Ces bureaux ont joué un rôle essentiel dans la pacification, l’administration et la colonisation du territoire.
A l’origine

Les bureaux arabes ont émergé dans le contexte de la conquête française de l’Algérie, qui a débuté en 1830. Dès 1832, une première tentative a été faite sous la forme d’un « cabinet arabe », suivie de plusieurs essais expérimentaux (jusqu’à huit versions différentes). Une expérience pionnière a été menée en 1833 par le capitaine Juchault de Lamoricière dans la province d’Alger. L’institution a pris forme définitive le 16 août 1841, lorsque le général Bugeaud a fondé la « Direction des affaires arabes » sous l’autorité du commandant Daumas. Leur statut officiel a été établi par un arrêté ministériel du 1er février 1844, considéré comme l’acte de naissance des bureaux arabes, complété par un code de mesures administratives et judiciaires applicables aux tribus. Cette organisation a été précisée par des circulaires ultérieures, comme celle de Mac-Mahon du 21 mars 1867, qui a officialisé un bureau politique et des bureaux annexes. À la fin du Second Empire (vers 1870), l’Algérie comptait environ 50 bureaux, occupant près de 200 officiers.
Rôle

Le rôle principal des bureaux arabes était d’assurer la pacification durable des tribus par une administration juste et régulière, tout en préparant les voies à la colonisation française et au commerce. Ils visaient à recueillir des renseignements sur l’esprit des populations, à définir une politique indigène, et à faciliter l’infiltration française via une meilleure compréhension des dynamiques locales. Parmi leurs responsabilités clés : Fournir des informations sur les populations et surveiller leurs sentiments, administrer les tribus, en veillant au paiement des impôts, assurer la police, rendre la justice (les officiers agissaient souvent comme juges), maintenir la sécurité publique et enfin promouvoir une mission civilisatrice : encourager des améliorations économiques (comme l’introduction de nouvelles cultures ou techniques agricoles), sociales (écoles arabes-françaises, services de santé gratuits avec vaccinations) et culturelles, tout en protégeant parfois les intérêts indigènes contre les abus des colons européens. Sous Napoléon III, pendant le Second Empire, les bureaux ont été renforcés pour promouvoir un « royaume arabe », une politique visant à intégrer les populations musulmanes et à contrer l’Empire ottoman, ce qui a accru les tensions avec les colons.

Fonctionnement
Les bureaux arabes fonctionnaient sous une autorité strictement militaire, dépendant hiérarchiquement des commandants supérieurs. Leur structure était pyramidale :
- Une direction centrale à Alger, initialement centralisant les travaux des directions provinciales (Oran et Constantine), avec un directeur nommé dès 1845 sous les ordres du gouverneur général.
- Des bureaux divisionnaires (par province), de première classe (subdivisions, auprès des généraux) et de seconde classe (cercles, auprès des officiers locaux). Chaque bureau était composé d’officiers (souvent issus d’élites comme Polytechnique, avec des idées libérales ou socialistes), d’un secrétaire arabe (khodja), d’un secrétaire français, d’un interprète, parfois d’un médecin, et d’un peloton de spahis (cavalerie indigène) pour la sécurité. Les officiers, polyvalents car à la fois soldats, diplomates, administrateurs et juges, devaient maîtriser la société indigène pour transformer les tribus et faciliter l’acceptation de la domination française. Ils s’appuyaient sur des chefs locaux (caïds, bachagas) et des corps auxiliaires comme les makhzen, tout en contrôlant les confréries religieuses avec méfiance.
Le budget des bureaux arabes était limité (environ 1 % du budget algérien), financé par des impôts additionnels, des corvées (comme la touïza berbère) et des réquisitions. En pratique, les bureaux ont acquis un pouvoir considérable, devenant une « puissante confrérie» symbolisant le « régime du sabre », avec une autorité paternaliste reconnue par les indigènes. Cependant, des abus ont été notés, comme une autorité excessive ou la gestion d’entreprises personnelles par certains officiers.
Évolution et fin

Initialement centrés sur le renseignement, les bureaux ont évolué vers une administration plus large. Après la chute du Second Empire en 1870, ils ont été progressivement abandonnés au profit d’une administration civile, avec la suppression du bureau politique et des structures militaires par le décret Crémieux du 24 décembre 1870. Leur suppression a été progressive car certains ont persisté comme les « affaires indigènes » jusqu’en 1887. L’expérience des bureaux arabes a influencé les affaires indigènes au Maroc et a été réactivée en 1955 sous forme de Sections administratives spécialisées (SAS) pendant la guerre d’Algérie. Globalement, malgré des critiques (rôle dans des insurrections comme celle de 1871), leur bilan est jugé positif pour la pacification et l’administration, avec un apport scientifique notable (ouvrages sur la société indigène), bien que les avancées économiques et sociales aient été limitées par les ressources.
Quelques futurs généraux passés par les bureaux arabes
Voici une liste non exhaustive de officiers qui ont servi dans les bureaux arabes et qui sont devenus généraux par la suite, basée sur des sources historiques comme l’Annuaire militaire de 1846 et d’autres récits de la conquête algérienne :
- Eugène Daumas (1803-1871 – devenu général, directeur des affaires arabes). Affecté en Algérie dès 1835, il participe à la mise en place des bureaux arabes entre 1835 et 1850. Nommé commandant de la Direction des affaires arabes le 16 août 1841 (à Alger), puis directeur central des affaires arabes en 1845, sous les ordres du gouverneur général.
- Charles-Denis Bourbaki (1816 – 1897 – général, connu pour la guerre franco-prussienne). Chef d’un bureau arabe en Algérie en 1846.
- Ferdinand Lapasset (général, impliqué dans la pacification). Muté en Algérie dès 1840 (sortie de Saint-Cyr). Chef du bureau arabe de Biskra jusqu’en 1860. Nommé directeur divisionnaire des affaires arabes pour la province d’Oran en 1853, puis commandant supérieur du cercle de Philippeville en 1854.
- François Achille Bazaine (1811-1888 – maréchal, controversé lors de la guerre de 1870). Nommé chef du bureau arabe de Tlemcen en 1844 (au 58e régiment d’infanterie de ligne). Directeur des affaires arabes de la division d’Oran en 1850. Il dirige également les affaires arabes dans la subdivision de Tlemcen dès 1838.
- Auguste Boissonnet (1811-1902 – général). Arrivé en Algérie en 1838 (sortie de Polytechnique). Chef de bureau arabe dans plusieurs localités, dont Bougie et surtout Orléansville (aujourd’hui Chlef). Mentionné comme chef de bureau arabe en 1846 dans l’Annuaire militaire.
- Jean-Auguste Margueritte (1823-1870 – général, mort au combat en 1870). Découvre l’Algérie en 1831. Pas d’affectation directe et datée à un bureau arabe spécifique identifiée, mais il sert en Algérie dans des rôles militaires et administratifs, notamment comme commandant de la subdivision d’Alger en 1867. Futur général associé aux bureaux arabes en 1846.
- Auguste-Alexandre Ducrot (1817 – 1882 – général, rôle dans la guerre franco-prussienne). Chef d’un bureau arabe en Algérie en 1846, selon l’Annuaire militaire. Pas de lieu ou période plus précise identifiée, mais son service en Algérie inclut des rôles administratifs indigènes.
- Louis Juchault de Lamoricière (1806-1865 – général, pionnier des bureaux). Pionnier des bureaux arabes ; crée et dirige le premier bureau arabe en 1833 dans la province d’Alger. Il en assure l’organisation et la direction initiale, apprenant l’arabe sur place.
- Emile Justin Samary (1844-1926 – général de brigade). Elève de l’école militaire supérieure en 1861 (promotion du Mexique), il est nommé sous lieutenant au 34e RI le 1/10/1863. Il entre dans les bureaux arabes le 12/5/1866, jusqu’en janvier 1871. Il est stagiaire à Aumale, Fort Napoléon (1866), Orléansville (1867), Laghouat (1867) et Dellys. Nommé Lieutenant le 10/8/1868, il devient adjoint de 1ere classe des bureaux arabes à Dellys en juin 1870. Après la guerre de 1870 il retourne dans les bureaux arabes en 1871, et sert à Dra el Mizan et à Fort National. A cette époque, il est affecté au 1er RTA.
- Étienne Hugues Rose (1812-1899 – général de division). Décédé en 1899 au château de la Milhiere à Sanary-sur-Mer. Affecté en 1846 au bureau de Bône.

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