Le chemin de fer en Algérie (7/10)

Un maire pragmatique et prudent
La gare de Marengo. Collection personnelle de l’auteur.

En mai, l’affaire prend une tournure politique et on commence à deviner les tensions au sein du conseil municipal. Tout en manifestant son appel à une voie large, un lecteur vient au secours du Maire, Michel Eugène Beauvais qui a, selon lui adopté la bonne décision. Le journal « Le Petit Colon Algérien » publie cette lettre le 9 mai 1886.

Nous recevons la lettre suivante que nous nous empressons d’insérer :

« Marengo, le 9 mai 1886.

Monsieur Ch. Marchal, Rédacteur en chef du Petit Colon, Alger.

« Je lis dans votre numéro de ce jour un article intitulé : « Les Voies ferrées d’intérêt départemental » et signé A. Thomas, d’après lequel les Conseils municipaux de la région El-Affroun-Marengo auraient consenti à voter pour la construction de leur ligne à voie étroite. Votre correspondant commet là une légère erreur, et il me permettra de lui faire observer que tel n’est pas le cas du Conseil municipal de Marengo qui, ayant à cœur les vrais intérêts de sa commune et du pays, a voté dans sa séance du 24 mars les dépenses afférentes à la part lui incombant dans la construction et l’exploitation du chemin de fer d’El-Affroun à Marengo, soit à voie large, soit à voie étroite, suivant que le Conseil général adopterait l’une ou l’autre section après la discussion de cette affaire dans sa session de mai.

Notre Conseil municipal n’a donc rien changé à ses idées premières ni rien abandonné de ses préférences qui sont du reste celles de la grande majorité du pays, et sa conduite a été d’autant plus logique dans cette circonstance, qu’un vote affirmatif pour l’une ou l’autre voie aurait été prématuré, attendu que d’un côté d’abord, M. le Préfet prenant en considération les vœux exprimés par deux cent vingt-quatre pétitionnaires, avait informé les intéressés par sa lettre en date du cinq février que la question allait être étudiée pour être soumise à l’assemblée départementale de façon à lui permettre de prendre une décision définitive ; et d’un autre côté ensuite, M. le chef de la Voirie départementale qui avait honoré notre réunion de sa présence, nous avait dit à plusieurs reprises, tout en nous développant largement les avantages d’une voie étroite : « je ne dis pas que vous n’obtiendrez pas la voie large ».

Notre Conseil municipal a donc judicieusement agi dans cette circonstance. M. Thomas dit aussi qu’on a adopté la voie large pour le tronçon de Maison-Carrée à Rovigo, afin qu’il puisse être desservi par l’Est-Algérien. S’il en est ainsi, cette contrée est plus favorisée que la nôtre qui devrait logiquement être desservie par le P.L.M., mais peut-être ne possède-t-elle pas comme nous dans ses hautes sphères, un noyau de puissants personnages dévoués à la voie étroite, et intéressés pour arriver à leurs fins, à cacher au bon public le dessous des cartes ».


Est-ce cette affaire de voie étroite qui est à l’origine des différends entre membres du Conseil Municipal ? Qui sont les « puissants personnages dévoués à la voie étroite » ? Nous savons que les de Malglaive plaidaient ouvertement pour une voie étroite. Michel Eugène a-t-il été mis en minorité pour avoir soutenu la position des de Malglaive ?

Dans un souci pragmatique, le Conseil Municipal de Marengo vote les crédits incombant à la municipalité « quelle que soit la décision du Conseil Général, voie large ou voie étroite ».

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