17 juillet 1882.
Pour illustrer mon propos concernant les opinions politiques de Michel Eugène Beauvais (lire l’article correspondant), voici un autre discours du maire de Marengo que les journaux de l’époque ont publié. Le voici ici retranscrit intégralement.
« À Marengo, on nous écrit ce qui suit :
Mon cher Concitoyen,
Notre localité a dignement célébré le grand anniversaire. Il y avait de l’entrain dans la population — chose rare aujourd’hui. La municipalité, il faut le reconnaître, n’avait rien négligé pour donner à cette fête tout l’éclat possible. Dès la veille, presque toutes les maisons étaient illuminées et pavoisées. Enfin, le 14 après les jeux du jour un punch eut lieu en pleine place publique, là des discours furent prononcés. J’ai pu me procurer celui de M. Beauvais, maire de la localité, je vous l’adresse. Puis plusieurs de nos concitoyens prirent la parole pour porter des toasts. Après la Marseillaise, chantée par le citoyen Ribaud et accompagnée par la musique locale, j’ai bu à Rouget de l’Isle. M. Martin, juge de paix, a bu aux grands philosophes qui ont préparé la révolution et a fait une quête au profit de la ligue de l’enseignement qui a produit 22 fr. 30. Il y a encore du bon dans les populations rurales…
L’exemple ici est frappant. Au milieu des illuminations on remarquait surtout la maison de commerce de Monniot, l’école des filles et l’hôpital laïque.
Vive la République, la vraie !!!
Nous venons d’ouvrir une souscription pour donner des prix aux écoles laïques, dans une heure nous avons ramassé 83 fr. 20. Je suis certain à moi seul de parfaire 100 francs aujourd’hui et nous sommes 10 commissaires.
À la hâte et à vous de cœur.
Un abonné ».
Discours prononcé par M. Beauvais, maire de Marengo
« Citoyens,
L’année dernière, à pareille époque, nous fêtions l’anniversaire de la prise de la Bastille, conquise par nos pères sur la royauté. Cette victoire du peuple qui a coûté tant de sang, a laissé dans nos cœurs des souvenirs impérissables. Et aujourd’hui, nous venons encore saluer les victimes, les héros morts en combattant pour la liberté, pour l’émancipation des peuples.
C’est le 14 juillet 1789, que le peuple attaqua la Bastille, prison redoutable dans laquelle tant de victimes ont disparu. Des hommes aux figures pâles, des femmes échevelées et des enfants en haillons criaient :
Aux armes !
Le tocsin sonnait dans tous les quartiers de Paris et le canon fratricide de la forteresse vomissait la mort dans les rangs du peuple, mais rien ne l’épouvante. Il faut que le dernier rempart du despotisme disparaisse. Il court, s’élance et, au milieu des morts et des blessés, on entend ce cri de rage :
Vaincre ou mourir ! En avant !
Ce cri, citoyens, c’est le cri du peuple qui combat, c’est le cri du peuple qui se venge, c’est le cri du peuple qui épouvante les rois, qui renverse les trônes !
Le 14 juillet, citoyens, l’ère révolutionnaire commence, avec celui de la liberté.
Mais, que de sacrifices sont encore à faire ! La royauté cherche à résister, puis, comme toujours, manquant à la parole donnée, elle fuit. C’est à l’étranger que, sans honte, elle demande la force qui lui manque pour écraser la France, pour asservir à nouveau la patrie.
Au milieu de sinistres événements qui se succèdent rapidement, surgit et se dresse la Convention, assemblée de géants, hommes indomptables, dont l’audace étonne le monde : aux menaces insolentes de l’Europe, coalisée contre la France révolutionnaire, elle répond en jetant, à la face du despotisme, une tête de roi. À l’Europe en armes, elle oppose quatorze armées improvisées, mais commandées par des Hoche, des Marceau, des Kléber, des Kélerman, et tant d’autres vaillants patriotes, républicains sincères ayant l’amour de la patrie dans le cœur.
Et voyez notre décadence !
Aux grandes figures, aux noms immortels que je viens de citer, qui opposera-t-on ? les Bazaine, les Mac-Mahon, les Canrobert, les Frossard, les Failli, des truites et des vaincus.
Mais, citoyens, n’attristons pas notre réunion par de si pénibles souvenirs. Laissons aux jeunes le soin de venger les affronts reçus s’ils veulent s’inspirer des vertus républicaines, du patriotisme et du courage civique de nos aïeux.
Et vous, mânes des héros morts en combattant pour la liberté et l’émancipation des peuples, recevez le salut fraternel des républicains de 1882.
Citoyens,
Je bois à la patrie.
Je bois à la République révolutionnaire !«

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