A mon arrière-arrière grand-mère.
Une Alsacienne de caractère

Mathilde Ida Zaepffel naît le 10 avril 1841 à Sainte-Marie-aux-Mines, dans le Haut-Rhin, au sein d’une famille alsacienne dont les racines plongent loin dans l’histoire de la région. Elle est la huitième et dernière enfant d’Adolphe Edouard Zaepffel, fabricant textile, et de Frédérique Caroline Chenal. Sa vie, brève puisqu’elle s’éteint à seulement 46 ans en 1887, aura pourtant été marquée par des choix forts, des déracinements et une belle histoire familiale de l’autre côté de la Méditerranée.
En 1871, après la défaite française contre la Prusse, l’Alsace est annexée. Chaque habitant doit choisir sa nationalité. Mathilde, sans hésiter, refuse de devenir allemande. Le 6 septembre 1872, elle effectue sa déclaration d’option pour la nationalité française depuis La Haye, aux Pays-Bas, auprès du consulat français – fait attesté par sa mention au Bulletin des Lois. Ce choix, symbolique autant que juridique, dit beaucoup de la femme qu’elle est.

La rencontre avec Michel Eugène Beauvais

En 1874 à Paris, Mathilde épouse Michel Eugène Beauvais, maire de Marengo, dont elle devient la troisième épouse. Comment ces deux destins se sont-ils croisés ? La piste la plus probable passe par Alphonse Etienne Zaepffel, cousin éloigné de Mathilde, haut fonctionnaire colonial – sous-préfet de Mostaganem, préfet de Constantine, puis directeur des Colonies au ministère de la Marine – qui aurait pu servir d’intermédiaire entre les deux familles.
Mathilde s’installe en Algérie en 1874 et donne naissance à deux filles :
- Ida Zoé (1877)
- Hélène (1883)
Toutes deux deviendront institutrices. Mathilde décède de choléra en 1887, laissant derrière elle deux jeunes enfants et un mari qui avait fait de Marengo l’une des colonies agricoles les plus prospères d’Algérie.
Une ascendance alsacienne profondément enracinée
Le grand-père de Mathilde, François Joseph Zaepffel, était né à Dambach-la-Ville, dans le Bas-Rhin — berceau historique de la famille. Vigneron de tradition, il fut le premier à quitter ce terroir pour rejoindre Sainte-Marie-aux-Mines, attirée par l’essor de l’industrie textile qui transformait alors le massif vosgien. Son propre père, André Zaepffel, avait été le dernier vigneron de la lignée à naître et mourir à Dambach, perpétuant une tradition viticole familiale qui remontait à plusieurs siècles.
Aux origines : Thiébaut/Diebold Zaepffel (~1472)
Le plus ancien ancêtre identifié est Thiébaut Zaepffel – dit Diebold dans les sources alsaciennes – né vers 1472 à Blienschwiller, petit village voisin de Dambach-la-Ville. C’est à lui que remontent toutes les branches de la famille : celles de Strasbourg, de Sainte-Marie-aux-Mines, de Barr, et plus tard de Paris. Les premières générations seront aubergistes, prévôts, maires ou magistrats à Dambach, avant que la vigne ne devienne la vocation dominante de la famille au XVIIIe siècle. Le nom Zaepffel viendrait d’ailleurs du vieux-alsacien « Uszzapffen », signifiant joliment « tirer du tonneau ».
Et les racines hongroises dans tout ça ?
La tradition familiale a longtemps attribué aux Zaepffel une origine noble hongroise. Cette idée est séduisante, mais les sources généalogiques disponibles ne la confirment pas directement pour les Zaepffel eux-mêmes. En revanche, une piste très sérieuse émerge des archives de Dambach-la-Ville. Les Ruhlmann, famille voisine et alliée, revendiquent quant à eux une ascendance de chevaliers hongrois chassés par les invasions turques, dont le dernier ancêtre né en Hongrie serait né vers 1430. Or, en 1641, Catherine Ruhlmann épouse Nicolas Zaepffel à Dambach-la-Ville, unissant pour la première fois les deux lignées. Nicolas Zaepffel était l’arrière-arrière-arrière-petit-fils de Diebold, séparé de lui par 5 générations et environ 145 ans.
Il est donc fort possible que le souvenir d’une origine hongroise, initialement attaché aux Ruhlmann, se soit progressivement fondu dans la mémoire collective de la famille Zaepffel au fil des générations et des unions – au point de devenir, quelques siècles plus tard, une tradition familiale à part entière, transmise comme si elle avait toujours appartenu aux Zaepffel. Une belle illustration de la manière dont l’histoire familiale se construit, se transmet… et parfois se réinvente.
(1) Les plus perspicaces de mes lecteurs auront certainement remarqué que « Mathilde » signait de son deuxième prénom « Ida ». Il est donc fort probable que c’est ainsi que ses proches l’appelaient. Mais, avant de de retrouver aux archives ce document qui est à ce jour la seule trace écrite de sa part, j’avais toujours appelé mon arrière-arrière grand-mère « Mathilde ».
Sources : marengodafrique.fr, Geneawiki (Dambach-la-Ville), Cour des Comptes (Alphonse Zaepffel), maximilienzaepffel.com
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