L’affaire de la Poudrerie Nationale : Les démarches officielles

Juin-décembre 1883 : De Saussier à Thibaudin : Marengo joue dans la cour des grands

Juin 1883 : le Général Saussier répond au maire Beauvais

Les colonnes du journal ne suffisent plus. Il faut des actes. Michel Eugène Beauvais, maire de Marengo, a pris les choses en main : le conseil municipal vote une délibération proposant de céder gratuitement 220 hectares de la forêt communale de Sidi-Sliman à l’État, pour y établir la poudrerie.

La démarche porte ses fruits. Le 30 juin 1883, le Général Saussier, commandant du 19e Corps d’Armée, répond officiellement :

Le Général Saussier (1828-1905)

« J’ai l’honneur de vous accuser réception de l’extrait du registre des délibérations que votre conseil municipal et vous avez bien voulu nous communiquer au sujet de la poudrerie à créer dans le département d’Alger. Il n’appartient qu’au ministre de prendre cette décision sur les propositions que vous lui avez, du reste, soumises directement et je pense qu’il les prendra en sérieuse considération. »

Le journal se félicite : « l’affaire de la poudrerie à Marengo est en bonne voie ». La commune a « sagement déroué tous les critiques » en faisant une offre gratuite d’une forêt de 220 hectares.

Août 1883 : le ministre Thibaudin prend note

L’affaire monte jusqu’au Ministre de la Guerre lui-même. Jean Thibaudin, général républicain, franc-maçon, proche de Jules Ferry, ministre de la Guerre du 31 janvier au 9 octobre 1883, reçoit le dossier transmis par le sénateur Le Lièvre, opposant déclaré de Mauguin, qui s’est chargé de défendre la cause de Marengo à Paris.

Le 23 août 1883, Thibaudin répond au sénateur :

Le Ministre de la Guerre Thibaudin (1822-1905)

« J’ai l’honneur de vous accuser réception de la lettre de M. Marchal, membre du Conseil général à Alger, et des deux plans qui l’accompagnaient, relatifs aux terrains dépendant de la commune de Marengo, dont l’offre gratuite a été faite par cette commune, en vue de la construction d’une poudrerie nationale. En vous remerciant de cet envoi, je m’empresse de vous informer que la question d’emplacement de la dite poudrerie va faire l’objet de nouvelles études, et qu’il sera tenu grand compte dans la décision à intervenir, des propositions faites par la commune de Marengo. »

Un signal encourageant. Les plans avaient été dressés « avec une incontestable compétence » par les soins de M. Tirman, le Gouverneur civil de l’Algérie.

Octobre 1883 : la deuxième lettre de Thibaudin

Le 11 octobre 1883, une seconde lettre du ministre arrive directement au maire de Marengo. L’offre est maintenant chiffrée avec précision : la commune propose de céder gratuitement 223 hectares de terrain en forêt et 2 hectares en nature de jardin.

Thibaudin demande des précisions sur deux points :

  1. « La quantité disponible dans le terrain offert par la commune de Marengo »
  2. « La facilité des transports jusqu’à Marengo en prenant pour origine Alger même, soit un port à créer à Tipaza »

L’inspecteur général Maurouard, directeur du service des poudres et salpêtres, est autorisé à se rendre sur place en octobre. Et pour avancer sur la question cruciale de l’eau, le ministre demande « de faire immédiatement un sondage en un point quelconque de la Forêt et Sidi-Sliman ».

Beauvais ne se fait pas prier : « aussitôt la réception de cette lettre, M. le Maire de Marengo a fait commencer non des sondages mais des puits, dans lesquels on trouve de l’eau en abondance et à très peu de profondeur ».

La partie semblait gagnée.

Décembre 1883 : le coup de théâtre

Et puis tout bascule. Le 19 décembre 1883, le Petit Colon Algérien publie un article amer. Thibaudin n’est plus ministre. Il a été remplacé par le Général Campenon, qui semble bien décidé à revenir sur les orientations de son prédécesseur.

Entre-temps, l’ingénieur Billot avait proposé de choisir la commune du Gué de Constantine, à proximité du port d’Alger. « C’est alors que l’opinion publique fut en quelque sorte saisie par accident », note le journal. La mairie de Marengo avait riposté intelligemment en offrant ses 220 hectares de forêts. Mais avec le départ de Thibaudin, les efforts semblent menacés.

Le sénateur Le Lièvre reprend le flambeau. La démarche est politiquement orientée, c’est le journal lui-même qui le reconnaît, non sans une pointe d’ironie : « ce qui est pour le moins orienté, car la démarche est bien partie du maire de Marengo ». Peu importe : l’essentiel est que le dossier reste ouvert. Le journal réclame au nouveau ministre de « rouvrir le dossier », ce que le Petit Colon Algérien ne peut accepter de voir enterrer.

L’affaire entre en hibernation. Marengo attend.

Source : Petit Colon Algérien, 30 juin, 6 septembre, 11 octobre et 19 décembre 1883.

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