La poste… les habitants se plaignent de la distribution du courrier

Marengo et ses environs, 1882-1885, la poste devient cible de nombreuses critiques.

1882 : le Nador réclame une boîte aux lettres

Le 12 mai 1882, les colons du Nador, annexe de Marengo, ce petit village situé sur la route de Tipaza et qui fut renommé Desaix, adressent une pétition au directeur des postes. Leur demande est simple : une boîte aux lettres. Elle n’existe pas encore dans leur village, et son absence complique considérablement la vie quotidienne.

Emplacement du village de Desaix / Nador sur la carte d’état-major de Tipaza éditée en 1880.
Emplacement du village de Desaix / Nador sur la carte d’état-major de Tipaza éditée en 1880.

Sans boîte aux lettres, envoyer du courrier suppose d’attendre le passage du facteur, en personne, à la maison. Or le facteur passe quand il passe. « Il est très désagréable d’être obligé de quitter notre travail pour attendre le facteur… surtout pour des affaires sérieuses et pressées », écrivent les signataires.

Desaix Nador, la place
La place centrale du village de Nador / Desaix – carte postale fin XIXe siècle.

Le facteur lui-même n’est pas en cause, on lui reconnaît bonne volonté. Mais le système l’oblige à aller « de maison en maison pour recevoir les correspondances », et si au moment de son passage les colons sont à leurs occupations habituelles, ils doivent s’interrompre ou manquer le courrier. Pour des gens qui travaillent la terre du lever au coucher du soleil, c’est une contrainte réelle.

La pétition est signée par vingt habitants : Patron, Lamy, Vallier, Conor, Gasquet, Lecrosnier, Prost, Dedieu, Rieux, Verge, Koenig, Dorveaux, Benjamin, Maguerdez, Servat, Beauchamp, Giraud, et d’autres encore. Un village entier qui réclame simplement ce que n’importe quelle commune de métropole possède déjà.

« On ne saurait vraiment leur refuser un pareil service », commente le journal, avec un brin d’ironie.

1885 : le facteur laisse les journaux à la gare, quand il les livre

Trois ans plus tard, les problèmes postaux n’ont pas disparu — ils ont simplement changé de forme.

25 novembre 1885. Le journal publie plusieurs plaintes de lecteurs dans la région.

M. Soria, poseur à la maisonnette n°49, à 500 mètres de Joinville près de Blida, se plaint de ne pas recevoir son journal directement. Le facteur le laisse à la gare de Blida, d’où il est ensuite confié tantôt au mécanicien de locomotive, tantôt au chef de train. C’est en passant devant la maisonnette 49 que l’un ou l’autre lui remet ses journaux, par paquets de 3, 4, voire 5 à la fois. La question tombe comme un couperet : « Le facteur est-il payé pour faire régulièrement ce service, oui ou non ? »

M. Couspeyre, propriétaire à Aïn-Zaoua près de Dra-el-Mizan, abonne sa ferme au journal. La ferme s’appelle, avec un humour involontaire, « la Patience », et il en faut. Son journal lui manque plus de trois jours de suite régulièrement. « Le service pourrait bien être fait au moins tous les deux jours », conclut-il, raisonnablement.

M. Greck, l’armurier de Marengo, se plaint lui aussi de ne pas recevoir son journal. La réponse du journal est cinglante : « Nous lui affirmons que l’envoi s’est fait régulièrement, c’est encore la faute de la Poste. »

La poste, nerf de la vie coloniale

Ces plaintes, anodines en apparence, témoignent de l’importance vitale du courrier dans la vie des colons de la Mitidja. À une époque sans téléphone, sans télégraphe accessible à tous, le journal et la lettre sont le seul lien avec le monde, avec les nouvelles d’Alger, de France, de la famille restée au pays. Recevoir son journal avec trois jours de retard, ou découvrir qu’il s’est perdu quelque part entre la gare de Blida et la maisonnette n°49, ce n’est pas un désagrément mineur : c’est une rupture du lien avec le reste du monde.

marengo la poste
La poste à Marengo. CP datant de 1880.

Que les colons du Nador, Joinville ou Marengo aient pris la peine d’écrire à la presse pour se plaindre du facteur dit aussi quelque chose sur leur rapport aux institutions : ils y croient, ils les interpellent, ils attendent qu’elles fonctionnent. C’est la même posture que les chasseurs qui réclamaient des gendarmes contre les braconniers, ou les voyageurs qui voulaient des écriteaux sur la route impraticable de Tipaza. Une communauté qui se construit et qui exige que la République tienne ses promesses — jusqu’à la boîte aux lettres.

Lire aussi : La poste à Marengo de 1848 à 1876.


Sources : presse locale, 12 mai 1882 et 25 novembre 1885.

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