L’affaire de la Poudrerie Nationale : L’affront

Mars 1885, Michel Eugène Beauvais snobe le Général Loysel, et Marengo en paie le prix d’après les journaux algériens.

Deux ans plus tard : l’affaire n’est toujours pas réglée

Deux ans se sont écoulés depuis la décision de mars 1883. La poudrerie nationale n’est toujours pas construite. Les lettres de Thibaudin, les offres de terrain, les sondages de puits, les plans de Tirman, tout cela dort dans les cartons des ministères. Le nouveau ministre, Campenon, n’a pas tranché. Marengo attend.

Le Général Loysel (1825-1889)

Le 7 mars 1885, le journal annonce qu’un général va enfin se déplacer pour étudier la question sur place : le Général Loysel, commandant de la division d’Alger, doit partir le vendredi matin pour visiter « quelques centres de la Mitidja ». Il suivra la route longeant la mer, s’arrêtera à Castiglione et à Tipaza, puis reviendra par Marengo.

« Espérons que le général Loysel mettra à profit son passage à Marengo pour y prendre sur place des renseignements sur la possibilité d’une poudrerie à Marengo », écrit le journal avec un optimisme prudent.

Ce que le journal préfère taire, c’est que Loysel est à la retraite depuis cinq ans… Sa visite a donc une valeur d’étude mais certainement pas de décision.

L’affront

Le Courrier de Blida du 19 mars 1885 révèle ce qui s’est passé :

« M. le général Loysel est allé la semaine dernière rendre visite au coquet village de Marengo pour y étudier la question de la création d’une poudrerie. »

Et voilà ce qui s’est produit : le maire de Marengo, prévenu de l’arrivée du général, n’a pas daigné se déranger pour aller le recevoir. Pire : il n’a même pas fait acte de présence au conseil municipal convoqué pour la visite.

Quelques conseillers, « outrés de cette façon d’agir », ont offert leur démission, avant de la retirer sur les instances de leurs collègues et dans l’intérêt de la commune.

Le journal, qui n’a cessé de se battre pour la poudrerie, ne décolère pas : « Nous ne saurions trop blâmer l’attitude du maire de Marengo. »

Les conséquences
Michel Eugène Beauvais (1826-1904)

L’affront n’est pas sans suite. La réaction des autorités militaires est rapide et sans appel.

« L’attitude du maire de Marengo a eu pour conséquence d’être la cause que le dépôt de la remonte en garnison dans la dite localité a été transporté à Ameur-el-Aïn, privant ainsi cette commune du peu de troupes qu’elle possédait. »

Marengo perd sa garnison. Elle perd la présence militaire qui animait le village, contribuait à l’économie locale, représentait un lien tangible avec l’État. Tout cela pour une absence inexpliquée du maire lors d’une visite officielle.

Pourquoi Beauvais n’est-il pas venu ?

Les documents ne le disent pas. On peut imaginer plusieurs hypothèses.

La lassitude, d’abord. Deux ans de démarches, de lettres, de délibérations, de sondages et toujours rien. Peut-être Michel Eugène Beauvais avait-il conclu que cette visite d’un général à la retraite n’était qu’une nouvelle promesse sans suite.

Le mépris politique, ensuite. La décision semblait déjà prise ailleurs, par des hommes dont Beauvais se méfiait, les fonctionnaires algérois, les ingénieurs qui préféraient le Gué de Constantine. Accueillir Loysel avec les honneurs eût peut-être semblé cautionner une procédure qu’il jugeait biaisée.

L’arrogance, enfin ce trait que le journal lui-même, pourtant favorable à Beauvais, ne parvient pas à excuser.

Quelle qu’en soit la raison, l’acte est politique. Et ses conséquences le sont tout autant. On peut aussi s’interroger sur la sincérité du journal, au regard de ce qui va se passer dans les mois qui vont suivre et ces campagnes de calomnies incessantes qui vont venir sceller la fin de la vie politique de Michel Eugène Beauvais à Marengo.

La poudrerie : une occasion manquée

La poudrerie nationale ne sera jamais construite à Marengo. L’affaire, après deux ans d’intenses mobilisations – journaux, lettres ministérielles, offres de terrain, sondages de puits – se termine non pas par une décision officielle de refus, mais par l’épuisement et l’indifférence progressive des uns et la maladresse des autres.

Marengo restera ce qu’elle était : un beau village agricole de la Mitidja, avec ses vignes, sa forêt, ses colons. Mais sans poudrerie, sans grande garnison, sans le développement industriel dont elle avait rêvé pendant deux ans dans les colonnes du Petit Colon Algérien.


Source : Petit Colon Algérien et Courrier de Blida, mars 1885.

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