
Pierre Hué, colon du 12e convoi, s’installe à Marengo début 1849 et publie un almanach du Colon pour les villages de Marengo et Novi. A la fin de l’ouvrage, il indique envisager de poursuivre pour l’année 1850 si l’almanach rencontre le succès auprès du public. Dans cet ouvrage il témoigne de l’arrivée à Cherchell en cette fin d’année 1848 :
« Scherchell est une toute petite ville, bâtie sur le bord de la mer, dans une plaine étroite, comprise entre la côte et le pied des montagnes. Elle est distante d’Alger d’environ soixante à soixante-douze kilomètres par mer. Elle peut compter vingt mille âmes de population dont mille deux cents Européens environ, sans nous compter…Cette ville est renommée pour ses fabriques d’acier et de poterie, dont les Kabyles et les Arabes des environs font un grand usage. Elle a environ huit cents toises de circuit, mais elle était beaucoup plus considérable à l’époque de la domination romaine. La partie maintenant habitée se trouve au pied des ruines de la grande ville. Ces ruines, dit Schaw (Voyage dans la Régence), sont presque aussi étendues que celles de Carthage, et donnent une haute idée de son ancienne magnificence, par les débris de belles colonnes, les citernes et les beaux pavés de mosaïque qui gisent çà et là » …
« Les fontaines de cette ville étaient alimentées par l’eau de la rivière Hachem, qui y était conduite par un grand et somptueux aqueduc, lequel devait n’être guère inférieur à celui de Carthage, tant pour la hauteur que pour la dimension de ses arches. Divers fragments de cet ouvrage, disséminés dans les montagnes et les vallées au sud-est attestent quelles furent sa solidité et sa beauté. On voit, en outre, deux autres conduits que communiquent aux montagnes du sud-sud-ouest. Ils sont encore dans leur entier et fournissent la ville d’excellente eau. Celle des puits est un peu salée » …. « Voilà le lieu où nous sommes en attendant la construction de nos habitations ; on peut y passer quelques jours ».
Dans une autre lettre il poursuit :
« Nous sommes toujours à Scherchell en attendant la construction de nos maisons. Il est impossible de trouver plus belle terre que celle que nous habitons maintenant. On y trouve des fruits savoureux et assez abondants pour déborder sur les marchés de la Provence, où les mauvaises récoltes, jadis exceptionnelles, sont devenues règle générale ; des pommes parfumées, des abricots énormes, des raisins de Terre Promise sur le sol où l’incurie musulmane ne connaissait que sauvageons ! nous avons vu les Arabes, nous avons été les visiter sous leurs tentes. Ils ont un aspect assez misérable qui nous faisait mal, à nous pauvres exilés de la misère. Nous avions envie de faire quelque chose en leur faveur ; on parle de signer une pétition à l’assemblée nationale pour leur faire accorder des terres en France ; ils iraient coloniser la Sologne ! »
Pierre Hue ne publiera jamais d’autre almanach de Marengo et Novi. Il mourra durant l’épidémie de choléra le 14 octobre 1849. Il avait 54 ans et était originaire d’Autun en Saône-et-Loire où il était né le 17 janvier 1795.

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