Les Fermes de Bou Yersen (1875)

Un territoire né dans les marais
Bou Yersen, près de Marengo. Un couple de colons devant sa ferme. Vers 1880. Collection personnelle de l’auteur.

Avant d’accueillir les premiers colons, le site de Bou Yersen était un lieu profondément hostile. Les oueds Bou-Ardoun, Bou-Yaya et Bou-Yersen convergeaient pour former un vaste marais en amont de leur jonction avec l’oued Bourkika, rendant le territoire insalubre et difficile à mettre en valeur. C’est dans ce contexte de terres gorgées d’eau, infestées de paludisme, que fut décidée la création de ce centre de peuplement.

La décision administrative : une genèse en deux temps

La création de Bou Yersen résulte d’un processus administratif étalé sur plusieurs années. Un arrêté du 3 mai 1872 prévoit la création de nouveaux centres de population, avant d’être officiellement déclaré d’utilité publique par un arrêté du 21 février 1876. Ce texte entérine les propositions de la Commission de Marengo, présidée par Victor de Malglaive — ce même ingénieur du Génie militaire qui avait fondé Marengo dès 1848 et dont l’énergie visionnaire avait déjà transformé la région.

La commission décide alors la création de six nouveaux centres de population française, parmi lesquels Meurad, Yersen et Nador, qui seront tous trois rattachés à la commune de Marengo.

Marengo et les fermes de Bou Yersen (Domard, Farny, Riomberg, St-Laurent, Jouglas et Meluret). Sur une carte d’état major de 1880.
L’installation des attributaires (1875–1878)

C’est à partir de 1875 que le hameau prend réellement vie, sous l’impulsion de Michel Eugène Beauvais, magistrat et administrateur de la région. Dans une lettre adressée au Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, il décrit lui-même son action :

« De 1875 à 1878, il a fait de la colonisation, trois années l’administrateur sans rétributions ; il a installé les attributaires au village de Meurad et des fermes de Bou Yersen ; il a administré pendant ces trois années une population de 1500 personnes occupant quinze mille hectares. »

une ferme de Bou Yersen vers 1875
Une autre ferme à Bou Yersen, vers 1880. Collection personnelle de l’auteur.

Ce témoignage est précieux car il existe très peu de documentation sur ce hameau. La lettre de Beauvais constitue l’une des rares sources directes sur la vie quotidienne et l’organisation de ces fermes dans leurs premières années.

Le cadre géographique et le voisinage

La carte militaire de 1880 permet de localiser précisément les fermes de Bou Yersen. À proximité immédiate, on distingue également la ferme Domard, appartenant à un colon qui s’était illustré en inventant un nouveau traitement contre les altises (des insectes ravageurs des cultures), et plus au nord, l’emplacement du moulin à farine de Malglaive, symbole de l’essor économique de la région.

Ce contexte agricole s’inscrit dans un effort général de mise en valeur des terres de l’arrondissement de Marengo — un arrondissement qui, à cette époque, couvrait un vaste territoire allant jusqu’aux communes de Tipaza, Bourkika et Montebello.

L’ironie de l’histoire

Le destin de Bou Yersen réserve un retournement singulier. Sur l’emplacement même de ces fermes que Beauvais avait patiemment organisées s’installèrent par la suite les propriétés des sieurs Jougla et Méluret — qui deviendront, dix ans plus tard, les opposants acharnés de Michel Eugène Beauvais dans les affaires politiques et administratives locales. Cette anecdote, révélatrice des tensions qui traversaient la société coloniale de l’époque, est développée dans le tome III de Marengo d’Afrique (en cours de rédaction).

une ferme de Bou Yersen
Une ferme à Bou Yersen, vers 1880. Collection personnelle de l’auteur.
Un hameau dans son époque

La création de Bou Yersen s’inscrit dans la grande vague de colonisation de la Mitidja occidentale des années 1870, portée par la politique de peuplement de l’Algérie française. À la même époque, le barrage de Meurad, premier grand barrage de retenue d’eau de l’Algérie française, permettait d’irriguer les terres alentour et de lutter contre les épisodes de sécheresse. Sans lui, la mise en valeur agricole de toute cette zone, Bou Yersen inclus, aurait été bien plus précaire.

Aujourd’hui, la ville de Marengo a pris le nom de Hadjout, dans la wilaya de Tipaza. De Bou Yersen, il ne subsiste que quelques rares images dont cette photographie saisissante d’un couple de colons devant leur ferme, vers 1880, conservée dans la collection personnelle de l’auteur.

Sources : marengodafrique.fr — Geneawiki, Algérie-Marengo

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