Pourquoi parler de Montebello sur un site consacré à Marengo ? Parce que ce village, de génération en génération, a vécu dans l’orbite de notre commune.
Montebello naquit littéralement de Marengo : créé par décret du 18 décembre 1869 « au lieu dit Sidi Rached, dans la commune de Marengo », le village demeura des décennies durant une annexe de notre commune. Pendant une grande partie de son mandat, le maire Michel Eugène Beauvais eut d’ailleurs, outre Marengo, la responsabilité des centres de Tipasa, Bourkika, Montebello, Desaix et Ameur El Aïn — nous en avons dressé le tableau dans notre article « L’arrondissement de Marengo ». Et c’est ce même Beauvais qui, par l’arrêté préfectoral du 19 juillet 1883, fut nommé président du Syndicat des canaux de dessèchement de l’ancien lac Halloula, le lac dont Montebello était l’otage, et dont nous avons raconté le combat dans notre article sur la commission du lac. Les habitants de Montebello firent enregistrer leurs naissances, mariages et décès à la mairie de Marengo.

Un nom de bataille
Montebello : le nom vient d’un village de Lombardie, près de Pavie, où le maréchal Lannes vainquit les Autrichiens en juin 1800. C’est en souvenir de cette victoire que le nouveau centre de population la reçut, le 18 décembre 1869, en même temps que son existence officielle.
La longue gestation (1859-1869)
La naissance de Montebello fut lente et douloureuse et dix années séparent la première étude du décret de création.
Dès avril 1859, l’inspecteur Bonnemain venait inspecter le lieu-dit Sidi-Rached et la possibilité d’y établir un centre de 20 à 30 feux. Des travaux préliminaires furent engagés. Aussitôt, l’administration fut saisie de demandes émanant de colons et de charbonniers. Mais la région étant jugée insalubre; nous connaissons la raison : le lac Halloula, aucune suite ne leur fut donnée.
Les travaux d’assèchement du lac furent poussés : 300 hectares de terres furent ainsi récupérés. En 1867, le gouverneur général Mac Mahon fit différer la vente des terrains et demanda de reprendre l’étude de création d’un centre. Un groupe de propriétaires de Marengo, Européens et Indigènes, en réclama l’adjudication mais elle fut repoussée, toujours pour la même raison : l’insalubrité.
1869 : l’année décisive
Au début de 1869, la reprise des études par les Ponts et Chaussées conclut à la possibilité de créer le centre sans attendre le complet dessèchement du lac. C’est le tournant que nous avons raconté dans notre article sur la commission du lac : le 29 mai 1869, la commission où siégeaient le Dr Garny, médecin de la colonisation à Marengo, et le propriétaire Vallier, rendait un avis favorable.
Mais cette commission ajoutait des recommandations de réalisme : peupler le nouveau centre avec des habitants des localités voisines, plus aptes à résister aux inconvénients du lieu ; augmenter la section des canaux secondaires ; considérer la partie immergée aux grandes pluies comme terrain communal.
Deux problèmes se posaient alors. Le premier : l’implantation du village, qu’il fallait tenir à l’écart du lac sans l’éloigner de la source qui l’alimenterait. Le second : la constitution du périmètre. L’État possédait de vastes terrains dans les douars Sidi-Rached et Quali ou Chenoua, couverts de hautes broussailles, mais une grande partie du périmètre prévu appartenait à des indigènes qui ne voulaient pas s’en dessaisir. Une procédure d’expropriation, avec indemnités ou échanges, fut entreprise pour réunir les 300 hectares.
Tout s’enchaîna alors : le 28 juin, le Service topographique adressait au Préfet le plan du village ; le 25 septembre, le tirage au sort des lots avait lieu — 34 lots attribués, ceux des immigrants étant réservés ; le 4 novembre, le piquetage était terminé. Et, comme de coutume, le décret suivit : le 18 décembre 1869, il autorisait la création au lieu-dit Sidi-Rached d’un centre de population de 44 feux qui porterait le nom de Montebello.
Le plan du village
La dotation était de 1 041 hectares. Le périmètre était borné au nord par la concession indigène du Haouch Sidi-Rached, à l’est et au sud par les propriétés Gommez, Brossan, Branthomme, d’Auxerre et divers indigènes, à l’ouest par les propriétés Chas et Ben Youssef ben el Kouch — on remarquera que la région comptait déjà plusieurs propriétés européennes.
Chaque concession comprenait un lot urbain, un jardin irrigable de 20 ares, un lot de 5 hectares en coteau et 15 à 16 hectares en deuxième zone. Le prix était fixé à 20 francs l’hectare, libérables en 5 annuités.
Le village devait comprendre 35 concessions agricoles de 20 à 23 hectares, 5 lots de 9 à 11 hectares pour les commerces et petites industries, 4 lots réservés sur des terres à récupérer sur le lac, 48 lots de jardins et un communal de 100 hectares. Quatre lots étaient réservés au presbytère, à l’école, à la gendarmerie et à la mairie ; l’église serait située au centre du village. Un chemin était projeté de Sidi-Rached à Ameur-el-Aïn, et de là vers la gare voisine d’El-Affroun.
Les travaux de terrassement, tracé, nivellement, plantations et adduction d’eau, exécutés par l’administration, furent terminés début 1870 soit onze ans après la première étude.
L’installation : des Marengois avant tout
Le village compta 6 familles de métropolitains et 40 de la région : Marengo, Attatba, El-Affroun, Bou-Roumi, Bourkika… presque tous Français d’origine. L’installation était terminée en avril 1870 ; certains lots étaient déjà revendus ou donnés en métayage.
Le lien de sang avec Marengo était donc réel : les premiers Montebellois étaient pour l’essentiel des enfants de la plaine, venus de notre commune et de ses voisines et leurs actes d’état civil se dressaient à la mairie de Marengo.
L’ère de l’eucalyptus
C’est dans la région de Montebello qu’apparaît alors un arbre exotique devenu emblématique : l’eucalyptus. On lui prêtait, en dehors de sa rotation rapide, de nombreuses qualités : assèchement du sol et assainissement de l’air, entre autres. 2 500 eucalyptus furent plantés à Montebello et dans les environs. Peu à peu, toutes les fermes eurent à proximité un bosquet d’eucalyptus, qui restèrent une des caractéristiques de la Mitidja. Le long de la route Marengo-Montebello, les eucalyptus marquaient les kilomètres d’un côté, et les hectomètres de l’autre.
Le calvaire des fièvres
La vie fut très difficile à Montebello et le resta pendant de très nombreuses années. Le paludisme y régna en maître…
Une relation de voyage de Mallebay, en 1888, nous montre ce village où les gens sont incapables de travailler, terrassés par la fièvre, où chaque foyer a perdu une ou deux personnes. Et Julien Franc cite un propriétaire de la région, Mahé, qui écrit en 1899 :
« Sur les 40 chefs de famille, tous vigoureux et qui vinrent là avec de beaux enfants et des femmes saines et fortes, cinq vivent encore. »
La colonie avait alors trente ans.
1904 : Montebello, champ de bataille de l’Institut Pasteur
C’est précisément parce que Montebello était l’épicentre du fléau que, lorsque l’Institut Pasteur entreprit la lutte contre le paludisme, il choisit Montebello comme centre d’essai.
Lorsque l’expérience commença, à l’été 1904, 75 habitants sur 87 présentaient des symptômes paludéens. Des barrages alternatifs de dérivation furent pratiqués dans les canaux de la cuvette du lac, les habitations protégées, la « quininisation » généralisée. Malheureusement, avec le temps, les mesures furent moins bien appliquées et les fièvres réapparurent : en 1926, le docteur Sergent estimait encore à 60 % l’index endémique à Montebello.
La population européenne ne fut jamais très nombreuse : en 1901, au moment où elle était la plus importante, elle se décomposait en 86 Français d’origine, 52 naturalisés et 54 étrangers. La Première Guerre mondiale, avec ses morts, les départs et le regroupement de la propriété, lui porta un coup dont elle ne se relèvera jamais complètement.
Les D’Héré de Montebello, ou la victoire des survivants
Face à ce fléau, une famille de la région allait donner à Montebello son heure de gloire : les D’Héré.
Installés à la ferme D’Héré, territoire de Montebello, dès les années 1880, ils y apparaissent dans les registres de Marengo, la naissance de Louise Ernestine Marie D’Héré en 1889, celle de Louis Lucien Jean en 1891, toutes deux dressées par l’adjoint au maire de Marengo, Léopold Dufour.
Quand le père, René Catherin D’Héré, mourut à Cherchel en septembre 1922, son fils Pierre Lucien Marc D’Héré, l’époux d’Hermance Louise Magne, une fille de Marengo, reprit la terre et le combat. Viticulteur à Montebello, président-fondateur de la cave coopérative du centre, il créa en 1923 le syndicat d’assèchement du lac Halloula et, après sept années de démarches incessantes, obtint du gouverneur général Pierre Bordes la victoire que nous avons racontée : la manifestation de juin 1928, le banquet dans la cave coopérative fleurie par Mme d’Héré et sa sœur, et enfin le tunnel achevé en 1930 qui vida le lac à jamais.
Montebello après le lac
Le lac vidée, la partie utile de la commune était la plaine : les activités y restèrent purement agricoles : vignes, céréales, fourrages. Une seule route importante, la RD 7, longeait le pied du Sahel des Quatre Chemins à Marengo ; c’est là que se trouvaient toutes les fermes, sauf une. Le village était desservi par les autobus de la société des Transports Mory.

En 1948, les statistiques ne publiaient pas sa population agglomérée : « Montebello faisant alors partie de la commune de Marengo ». Ce n’est qu’en 1957 qu’il fut érigé en commune de plein exercice. En 1954, le territoire comptait 2 596 habitants, dont 160 non musulmans.
Sur la colline au-dessus du village se dressait le majestueux et mystérieux Tombeau de la Chrétienne, en réalité le mausolée royal de Maurétanie, probable sépulture du roi Juba II, dont les fausses portes ornées de croix avaient trompé les Arabes de la région. Montebello vivait à l’ombre des rois antiques et des eaux vaincues.
Aujourd’hui, le village s’appelle Sidi Rached, dans la wilaya de Tipasa. Mais ses registres dormants, ses eucalyptus centenaires et sa cave coopérative se souviennent : Montebello fut d’abord un enfant de Marengo.
Dans un prochain article, nous raconterons l’histoire de Téfeschoun, l’autre village au sud de la plaine, annexe de Castiglione à sa création en 1849, rattachée à Koléa en 1851, mais unie à Marengo par la même plaine et les mêmes fièvres du lac Halloula.
Sources : ANOM, « Montebello (Algérie) » ; Geneawiki « Algérie – Montebello » ; « Montebello », genero.chez.com ; Georges Bouchet, « La plaine de la Mitidja avant 1962 – Montebello (ou Sidi Rached) », alger-roi.fr ; « Le dessèchement du lac Halloula », Afrique du Nord Illustrée, 30 juin 1928 (alger-roi.fr) ; Encyclopédie du Cercle Algérianiste ; actes d’état civil de Marengo (ANOM/Geneanet) ; articles « Le tombeau des fièvres » et « L’arrondissement de Marengo » (marengodafrique.fr).
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