Fonctionnaire colonial, Chevalier de la Légion d’honneur, et ancêtre méconnu d’une famille extraordinaire
Origines et famille
Henri Auguste Le Génissel naît le 11 mai 1827 à Couterne, petit bourg de l’Orne en Normandie, au sein d’une famille bourgeoise bien ancrée dans cette région des confins normands. Son père, Michel Le Génissel (1794–1866), parisien d’origine, s’est établi en Normandie où il exerce comme notaire, officier et adjoint au maire de Couterne. Sa mère, Louise Geneviève Goyer (1797–1834), est originaire de Lassay-les-Châteaux en Mayenne, où leurs familles s’étaient unies par mariage le 18 décembre 1815.

Ensemble, Michel et Louise ont six enfants :
- Geneviève Augustine (1816–1892) — sœur aînée
- Michel Édouard (1818–?)
- Françoise Amélie (1822–1823) — décédée en bas âge
- Charles Alphonse (1824–1884)
- Henri Auguste (1827–1907) — notre homme
- Marie Mathilde (29 avril 1834 – 4 janvier 1892) — sœur cadette
- Édouard — décédé à Paris à 21 ans (mentionné sur le caveau familial)
Le destin frappe cruellement la famille en novembre 1834 : Louise Geneviève s’éteint à Paris à seulement 37 ans, laissant six enfants orphelins de mère, dont la petite Marie Mathilde, née quelques mois plus tôt. Michel Le Génissel, veuf, élève seul ses enfants jusqu’à sa mort le 20 septembre 1866 à Épone (Seine-et-Oise), dans sa 73ème année. La pierre tombale du caveau familial parisien — où reposent Michel, Louise Geneviève, Marie Mathilde, Édouard et leur tante maternelle Marie Alexandrine Esnault née Goyer — témoigne encore aujourd’hui de cette famille unie dans la mort.
Une carrière algérienne
Comme beaucoup de jeunes Français ambitieux de sa génération, Henri Auguste Le Génissel traverse la Méditerranée et fait de l’Algérie française le théâtre de toute sa carrière. Il y gravit patiemment les échelons de l’administration coloniale :
- Secrétaire de sous-préfecture à Médéa
- Commissaire civil et Maire de la commune de Marengo (28 août 1862 – 4 septembre 1867)
- Secrétaire général de la Préfecture d’Oran
- Directeur de la Banque de l’Algérie (poste dont où terminera sa carrière).
Ses mérites lui valent d’être nommé Chevalier de la Légion d’honneur le 6 février 1879. Le 17 novembre 1857 à Alger, il épouse Thérèse Balbine Grasson (1840–1878), avec qui il a trois enfants : Henri Édouard (1859–1944), Charles Édouard Joseph (1863, décédé en bas âge) et Geneviève Jeanne Marie (1867–1946).
Son acte de décès, dressé à Alger le 18 juillet 1907, le désigne comme « Directeur retraité de la Banque de l’Algérie, ancien Commissaire Civil de Marengo ». Il avait 80 ans. Il est enterré au cimetière de Saint-Eugène à Alger, loin de sa Normandie natale.

Michel Eugène Beauvais : un compagnon de Marengo
Lorsqu’Henri Auguste Le Génissel prend ses fonctions de Commissaire Civil à Marengo en août 1862, il y trouve un homme déjà bien installé : Michel Eugène Beauvais (Saint-Jean-d’Angély, 1826 – Marengo, 1904). Arrivé en Algérie dès 1849 par ses propres moyens depuis Toulon, Beauvais est devenu conseiller municipal de Marengo dès 1856. Pendant cinq ans (1862–1867), les deux hommes gèrent ensemble la commune : Le Génissel comme chef de l’administration coloniale, Beauvais comme élu local incontournable, adjoint et homme de confiance.
À la fin du mandat de Le Génissel, Beauvais prend naturellement le relais : d’abord adjoint faisant office de maire sous de Montagu (1867–1870), il devient officiellement Maire de Marengo du 11 décembre 1870 au 6 juin 1886. Républicain convaincu, charismatique, il préside au développement du village pendant plus de quinze ans, supervisant la création des écoles, de l’hôpital communal, du barrage, des routes et des villages alentours. Ce sont deux bâtisseurs successifs et complémentaires de Marengo, deux figures centrales de la colonisation de la Mitidja, dont les œuvres respectives se prolongent et se complètent.
Alexandre Bellemare : un contemporain algérois extraordinaire
Pendant qu’Henri Auguste Le Génissel administre Marengo à partir de 1862, un autre homme s’illustre à Alger d’une tout autre façon : Alexandre Marie François Bellemare (1818–1885). Conseiller du gouvernement algérien, installé dans la colonie après avoir épousé la fille d’un propriétaire de Mustapha, Alexandre Bellemare publie en 1863 une œuvre qui fera date : « Abd-el-Kader, sa vie politique et militaire ». Rédigée en partie à partir de témoignages directs de l’Émir Abd el-Kader lui-même, cette biographie de référence — n’ayant connu qu’une seule édition — demeure encore aujourd’hui une source fondamentale citée par tous les historiens. Ces deux hommes, Henri Auguste Le Génissel et Alexandre Bellemare, sont donc contemporains, voisins en Algérie, gravitant dans les mêmes cercles de l’administration et de la société coloniale algéroise vers 1862–1866. Ils ne le savent pas encore, mais leurs familles vont bientôt se rejoindre.
La convergence des familles : le lien avec Pierre Bellemare
La grande sœur aînée d’Henri Auguste, Geneviève Augustine Le Génissel (1816–1892), avait épousé Georges Adrien d’Hostel (1807–1874), notaire parisien. Leur fille, Geneviève Marie Georgette d’Hostel (1857–1919), allait tisser le lien définitif entre les deux familles en épousant Émile Marie Henri Bellemare (1849–1914) — fils précisément d’Alexandre Bellemare, l’auteur de la biographie d’Abd el-Kader.
La chaîne généalogique complète est la suivante :
Henri Auguste LE GÉNISSEL ↕ frère et sœur Geneviève Augustine LE GÉNISSEL (1816–1892) ↓ épouse Georges Adrien D’HOSTEL Geneviève Marie Georgette D’HOSTEL (1857–1919) ↓ épouse Émile Marie Henri BELLEMARE (1849–1914) (fils d’Alexandre Bellemare, auteur d' »Abd-el-Kader, sa vie politique et militaire ») ↓ Pierre BELLEMARE père (1888–1941) — marchand de livres d’art, époux d’Yvonne Clément — ↓ Pierre BELLEMARE (1929–2018) — écrivain, animateur de radio et de télévision —

Henri Auguste Le Génissel est ainsi l’arrière-grand-oncle du célèbre Pierre Bellemare. Et la boucle algérienne se referme magnifiquement : l’homme qui administrait Marengo en 1862 — aux côtés de Michel Eugène Beauvais — pendant qu’Alexandre Bellemare écrivait sur Abd el-Kader, était, sans le savoir, en train de partager un destin familial avec lui. Leurs descendants allaient s’unir par le mariage, et ce sont précisément ces racines normandes et algériennes entremêlées qui constituent le terreau généalogique du plus célèbre conteur de la radio française.
Sources : marengodafrique.fr · Geneastar · Geneanet (arbres nadou4, virgile81, nashasurcouf) · Revue française de généalogie · Acte de décès ANOM Alger 1907 · Caveau familial Le Génissel – Paris