Le chemin de fer en Algérie (4/10)

Le président du Conseil Général, Maurice de Malglaive prend position pour une voie étroite
Le chemin de fer à voie étroite Bourkika. Collection personnelle de l’auteur.

Le Réveil de Cherchel — Dimanche 28 mars 1886

Quelques mois plus tard, un autre journal, « Le Réveil de Cherchell » publie une communication de Maurice de Malglaive, président du Conseil Général en faveur du chemin de fer à voie étroite et en explique les raisons.

MARENGO. — L’honorable M. de Malglaive vient d’adresser à ses concitoyens, sous forme de brochure, une lettre dont le texte porte sur la question que nous avons déjà traitée, le chemin de fer d’El-Affroun à Cherchel. Après avoir fourni des explications aussi claires que concluantes, l’auteur conclut ainsi que nous avons conclu nous-même et en ces termes :
Or, pour Marengo le Département dit : « les lignes doivent être prolongées sur Cherchel, soit par Fedjana, soit par le Nador, au travers d’un pays accidenté, donc il faut les faire à petite section. »
De son côté l’État dit, par l’organe des Commissions du Budget : « Nos finances traversent une crise, le déficit annuel s’accentue, je suis obligé de faire des économies et de regarder, de très près aux dépenses. Je ne veux donc plus de la grande section, qui coûte cher, pour les lignes d’intérêt local, je ne garantirai plus que des lignes à petite section, je ne veux plus qu’on m’en propose d’autres.
La question n’est donc pas de savoir si on aime mieux la voie large que la voie étroite. Elle nous est carrément posée par le département et par l’État qui donnent trois fois plus d’argent que nous tous : « Voie étroite ou rien ! »

Sauf M. Gilliot, nous sommes tous d’avis, je crois que la voie large vaudrait mieux, pour Marengo, que la voie étroite. Mais beaucoup d’entre nous sont d’avis qu’il vaut mieux une voie étroite que rien du tout, quoiqu’en disent MM. Sauveton et Monniot. »
Entre temps, M. de Malglaive dit son fait à l’un des adversaires acharnés du chemin de fer à voie étroite : « À ce sujet un conseiller municipal a dit fort gaillardement : — J’ai mes juments, j’arriverai avant le train ! »
« C’est fort bien, mais ce conseiller qui se dit radical oublie tout simplement toute la partie de la population qui n’a pas, comme lui, chevaux et voitures et c’est la plus nombreuse. C’est là une singulière façon de défendre les intérêts des travailleurs. »
Puis il ajoute, relativement aux tarifs de transport :
À ce sujet encore il s’est produit un argument bien renversant dans la bouche d’un citoyen dont toutes les préoccupations, d’après les opinions qu’il affiche, devraient être d’améliorer la condition des classes pauvres. « Jamais, s’est-il écrié, je ne me servirai de votre chemin de fer ; je ferai tous mes transports avec mes équipages. »
« Soit, le transport par terre, même par vos équipages, vous revient au moins à 0,75. Je viens de démontrer que ce même transport par chemin de fer coûtera 0,25. S’il plaît à ce Monsieur de perdre 50 centimes par quintal transporté et de jeter son argent par les fenêtres, je ne puis pas l’en empêcher. Je lui ferai tout simplement remarquer qu’il y a assez de misères dans ce monde pour trouver un meilleur emploi de son argent et que dans tous les cas son raisonnement n’a que le tort d’oublier tous les petits propriétaires qui n’ont pas d’équipages et qu’il faut favoriser avant tout, car ce sont eux qui font la force du pays. »
Il termine enfin dans les termes suivants :
« D’ailleurs je me méfie beaucoup des gens qui disent toujours que les autres ont été roulés. Cela indique en eux une certaine tendance à rouler les autres, pour si bien s’y connaître. Et réellement dans le cas présent, je me demande si le notable aux équipages, qui prétend que j’ai été roulé sur la question des chemins de fer, ne s’oppose pas à la ligne d’El-Affroun pour mettre ses mulets à la disposition des pauvres colons et avoir l’occasion de rouler en même temps, les produits et les producteurs, le vin et les vignerons. »
En résumé, M. de Malglaive, par cette lettre, soutient une bonne cause dans des termes excellents. Nous le félicitons très-sincèrement de son attitude.

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