Monniot, adjoint au maire pour la section de Tipaza, s’en prend à de Malglaive !
Il est bon de préciser, avant de commencer cet article, que Jean-Baptiste Monniot était non seulement adjoint de Michel Eugène Beauvais, maire de Marengo, mais également son beau-frère…
Le journal « le Petit Colon Algérien », soutient de la ligne à voie large, publie dans son édition du 20 avril 1886 une lettre ouverte de Monniot intitulée « Réponse d’un roturier à un noble, Lettre ouverte de M. Monniot à M. de Malglaive » :
Le marquis de Carabas(1)
« Notre concitoyen et ami M. Monniot, de Marengo, nous adresse copie de la lettre suivante dont il nous demande la publication, qui nous paraît fort légitime parce qu’elle répond à des attaques personnelles qui ont reçu la publicité complaisante du Monsieur. Cette lettre est adressée à M. de Malglaive, ex-Officier de Marine, ex-Missionnaire, ex-Conseiller général, actuellement Marquis de Carabas, à Marengo, la réponse étant réclamée par ce dernier, en date du 1er mars ».
« Marengo, le 31 mars 1886.
Monsieur de Malglaive,
À la date du 1er mars, à propos de la question du chemin d’El-Affroun à Marengo, vous avez publié une brochure que, dans votre pensée, vous aviez cru destinée à ramener l’opinion publique en faveur du chemin de ligne à voie étroite. Si, dans cet exposé qui est pour moi comme pour beaucoup d’autres, rien moins que convaincant, vous vous étiez fermé dans l’examen pur et simple de la question, j’aurais pu entreprendre de vous répondre et de vous réfuter sur cette même question, laquelle a été mal présentée parce qu’elle a été mal étudiée, que certaines données s’appuyant sur des bases contestables sont parfaitement vraies dans certaines circonstances, mais que dans d’autres cas elles sont tout aussi contestables, et que leur application, loin de procurer des avantages, rendrait ruineuse l’exploitation d’une ligne à voie étroite dans ces conditions, et ne satisferait que d’une manière fort incomplète les intérêts de la région à desservir. Et, poussant plus loin ma démonstration, j’aurais établi qu’en ce qui concerne le tronçon d’El-Affroun à Marengo, la garantie à fournir par l’État entraînerait pour le trésor public des sacrifices plus lourds si la ligne est établie à grande section et non pas à voie étroite. Ce serait la tâche que j’aurais entreprise, si dans votre libelle — assez mal écrit d’ailleurs et peu digne d’un homme bien élevé ayant la prétention d’être un gentilhomme de vieille roche, affectant envers ses concitoyens des airs de grand seigneur, et dont le nom précédé d’une particule indique une origine aristocratique — vous étiez demeuré dans les termes d’une discussion loyale, et si, ne vous contentant pas de dénaturer les paroles et les pensées de vos adversaires, vous ne vous étiez pas laissé aller à des personnalités blessantes, qualifiant de menteurs et d’exploiteurs ceux qui ne partagent pas votre manière de voir.
Pour ces causes, je renonce donc à vous faire l’honneur de discuter avec vous, me réservant de produire ailleurs les observations toutes faites. Je dois, tout au moins, relever les insolences tenues dans votre libelle et dont je suis l’objet de ma part, puisque vous m’avez personnellement et nominativement mis en cause.
Ce que j’ai à vous dire, Monsieur le Marquis de Carabas, ne sera pas bien long, car je n’entends pas me défendre contre vos insinuations malveillantes, ni contre vos accusations de menteur, que le dédain et l’opinion publique ont déjà faites justice ; mais il est un point sur lequel je veux tout particulièrement attirer votre attention : c’est que si vous avez besoin de trouver un exploiteur dans le canton de Marengo, ce n’est pas de moi qu’il s’agit. Vous l’avez tout près, portez les plus près, beaucoup plus près de vous et, sans vous déranger, il vous sera facile de trouver le personnage que vous cherchez.
Celui-là représente le véritable exploiteur, car sans travail autre que l’usure et aidé par un comptoir bien achalandé, il a excessivement dépouillé le plus grand nombre des colons de Marengo. Côtoyant la prison, ayant failli à plusieurs reprises, par des procédés que la conscience publique condamne, il a pu se couvrir de quelques décorations et mériter d’être appelé la « pieuvre de Marengo ». C’est ainsi que généralement on le dénomme, ce citoyen digne compère.
Celui-là, Monsieur le Marquis de Carabas, c’est un exploiteur de la première catégorie ; passé maître en la matière, ceux de votre compère feraient de rudes gaillards, vous pouvez m’en croire.
« Mais les insultes que je viens de vous retourner vous semblent-elles suffisantes ? Non, peut-être ? Dans ce cas, allez voir à Alger tout ce qui s’est débité au sujet de l’assassinat du Président Mounier ; les turpitudes de cet exploiteur y sont longuement détaillées. On peut, car il faut arrêter un moment sa pensée sur la théorie des effets et des causes, peut-être reconnaître que Bolssy n’a pas agi préméditement — il est vrai — et par une série de faits qui s’enchaînaient et qu’il était loin de prévoir lui-même, et qui n’ont pas sans avoir ouvert, cependant, la voie qui conduisit le malheureux Bolssy (2) à commettre l’irrémédiable acte qui l’a fait échouer au bagne où il est mort.
Je suis, Monsieur de Malglaive, votre serviteur.
Le Roturier.
MONNIOT.
(1) Le marquis de Carabas est un personnage fictif inventé par le chat héros du conte Le Maître chat ou le Chat botté de Charles Perrault, paru pour la première fois en 1697 dans Les Contes de ma mère l’Oye. Le marquis de Carabas est un titre de noblesse usurpé appliqué à un nom exotique, que le Chat botté invente pour son maître (dont on ignore le nom réel), troisième fils d’un meunier sans fortune qui ne lui a laissé pour tout héritage que ce chat. En faisant passer son maître pour un marquis, il justifie la fortune qu’il lui fait acquérir aux dépens d’un magicien grâce à diverses ruses sans scrupules, et lui permet d’attirer sur lui l’attention et les faveurs du roi.
(2) voir dans un article à venir. Un malheureux suicide.
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